Au quotidien n°216 : un nouveau slogan

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°216 : un nouveau slogan

Professeurs de philosophie, Pierre Dulau et Martin Steffens publient dans Valeurs actuelles (27 mai 2021) une tribune libre sur un slogan de Joe Biden révélateur d’un nouveau contrat social.

Tout sourire dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, Joe Biden lance un nouveau slogan : “Vaxxed or masked”. “Vacciné ou masqué”. Le choix nous est laissé. En apparence du moins. Car pour pouvoir vraiment choisir, il faudrait n'être pas captif d'un chantage. Le ressort du chantage est de présenter une contrainte comme un choix. À proprement parler, l'homme pris dans une embuscade en forêt ne choisit pas entre la bourse et la vie. Son agresseur ne lui fait aucune faveur : il donnera la bourse pour ne pas perdre… les deux ! L'alternative où nous place le slogan de Joe Biden est du même acabit : si tu ne reçois pas le vaccin, alors tu garderas ton masque. Le masque n'est pas l'une des deux options possibles, mais la marque par quoi l'on identifiera désormais les réfractaires. De sorte qu'il n'est laissé au citoyen que de choisir l'une ou l'autre modalité de son aliénation.

D'un côté le masque, négation du visage humain, c'est-à-dire de ce qui fait, en chair et en os, notre singularité. De l'autre le vaccin, c'est-à-dire, si l'on y réfléchit, la continuation du masque par d'autres moyens. Ce que l'alternative de Joe Biden révèle, c'est ceci : le vaccin n'est jamais qu'un masque intériorisé, une immunité interne, tandis que le masque était, depuis le début, un vaccin extériorisé, une immunité externe. Autrement dit, nous ne sommes plus liés que par une méfiance qui nous éloigne toujours plus les uns des autres. (…)

“Vaxxed or masked” : le slogan que Joe Biden a cru bon de porter lui-même dit en trois mots la vérité d'une transformation sociale et politique sans précédent. Avoir un visage sera désormais le privilège de ceux qui auront prouvé leur obéissance. Être un visage supposera de passer un permis. La visibilité récompensera les partisans de ce nouveau contrat social, sécuritaire et sanitaire. Mais si l'esclave se dit en grec a-prosopon, littéralement “celui qui n'a pas de visage”, le visage que le pouvoir consent finalement à nous rendre, après nous l'avoir dérobé, sera pour toujours le signe de celui que nous aurons perdu. Car un visage sous condition c'est, encore et toujours, un masque sanitaire. C'est un visage qui est devenu le masque qui l'occultait. Pouvons- nous alors vraiment nous réjouir de “retrouver” une liberté que ses nouvelles conditions d'exercice neutralisent ?

 

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