Notre quinzaine : Sortons de notre léthargie !

Rédigé par Philippe Maxence le dans Politique/Société

Notre quinzaine : Sortons de notre léthargie !

Comme un vent d’hiver, sec et froid, les signaux d’alarme se multiplient. J’évoquais récemment ce lanceur d’alerte qu’est Mathieu Bock-Côté décryptant la révolution racialiste. Cette fois, le tocsin sonne pour rameuter la paroisse et l’obliger à l’examen de conscience.

Mais serons-nous capables, nous, catholiques français, de nous mettre à genoux et de scruter notre conscience dans le silence d’une lecture ?

Ne pas taire la vérité !

La société française se porte mal. Nous nous en plaignons souvent, nous plaçant encore plus souvent dans la posture de la victime permanente, mendiant sans cesse un peu de considération. Nous avons tellement intégré le communautarisme et les règles de la société de consommation que nous nous précipitons même pour saluer le dernier produit formaté d’un auteur américain prônant le retrait social des catholiques…

Certains théologiens ne sont pas les derniers à se laisser emporter par cette danse de Saint-Guy. À raison, ils se font les chantres de la vérité et la défendent à coups de citations des Pères et de saint Thomas quand ce n’est pas en rameutant Péguy, Bernanos ou Soljénitsyne. Mais dès que le glaive de la vérité traverse leur confort, la situation change. Il est si facile de ne pas ouvrir les yeux sur la réalité en se gargarisant des prophètes d’un autre temps. Plutôt que de se transformer en dictionnaires de citations ambulants, vivons donc l’exigence portée par un Péguy, par exemple : « Qui ne gueule pas la vérité, quand il sait la vérité, se fait le complice des menteurs et des faussaires ! »

La reddition au monde moderne

Cette pensée s’est imposée à moi en constatant la multiplication des signaux d’alerte déjà évoqués. Il y a eu les ouvrages de Guillaume Cuchet et de Yann Raison du?Cleuziou. Aujourd’hui paraissent deux autres livres, qui nous alertent sur la grave responsabilité du catholicisme, non pas seulement dans l’effondrement d’une société, mais dans celui d’une civilisation. Saurons-nous les entendre et réaliser notre examen de conscience ?

Dans Ce pays des hommes sans Dieu (1), l’académicien Jean-Marie Rouart constate l’incapacité de la laïcité à répondre à la force de l’islam. Il en appelle donc à un sursaut qui prenne appui sur la civilisation française aux racines chrétiennes. Et il interroge : « le danger que fait courir un islam fort de ses convictions n’est-il pas la conséquence de notre faiblesse ? Croyons-nous encore en nous-mêmes ? » On pourra bien sûr discuter nombre de détails historiques de son récit qui court de la Révolution jusqu’à aujourd’hui. Certains clercs et théologiens, eux, partiront à la chasse aux approximations car le romancier pointe du doigt Vatican II.

On les entend d’ici ! Bousculés dans leur confort, ils ne verront pas que derrière Vatican II, c’est une reddition que dénonce l’auteur : « L’Église, écrit-il, en voulant se rapprocher du monde moderne, a fini par lui ressembler dans sa misérable inculture, son refus du passé. » Elle a failli religieusement et donc aussi socialement et politiquement. Elle a entraîné avec elle tout un monde capable de résister, non seulement à l’islam, mais à l’émergence d’un monde post-humain.

Un basculement de civilisation

Cette idée est portée également par Patrick Buisson dans La Fin d’un monde (2), 500 pages consacrées au basculement des cinquante dernières années. Lui aussi montre les conséquences civilisationnelles des bouleversements nés de Vatican II.

Vrai ou faux concile ? Laissons la question aux théologiens et aux historiens. Ils en discuteront jusqu’à l’infini comme leurs ancêtres d’une autre question avant la chute de Constantinople. Le fait est là : l’Église a semblé renoncer au sacré, aux exigences de la vérité, à cette obligation simple qu’il faut rendre un culte à Dieu au profit de l’exaltation de la personne et de la fête à l’infini. Bien avant Murray et son « homo festivus », le « catho festivus » avait oublié que l’Histoire est tragique et que l’espérance théologale porte sur l’au-delà et ne se confond pas avec l’optimisme terrestre.

La France d’aujourd’hui, dit encore Buisson, est celle du « vide ». Les fondations ont été emportées sous l’action conjuguée de la Révolution et des « idiots utiles » d’un catholicisme progressiste, ronflant d’optimisme. La tiédeur des chrétiens a fait claquer le monde de froid.

Nous n’avons pas ici la nostalgie du monde ancien parce qu’ancien. Nous avons celle du vrai, de ce qui dure et qui protège. C’est pourquoi nous n’avons jamais cessé de dire qu’il faut reconstruire. Nous avons le trésor et le patrimoine pour cela. Manquent les ouvriers ! Mais douze hommes et quelques disciples n’ont-ils pas naguère converti le monde et permis l’éclosion de la civilisation ?

 

1. Robert Laffont, coll. « Bouquins/Essai », 180 p., 19 €.
2. Albin Michel, 524 p., 22,90 €.

 

Ce billet a été publié dans L'Homme Nouveau, je commande le numéro

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