Au quotidien n°224 : connaissez-vous le nudge ?

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°224 : connaissez-vous le nudge ?

Peut-on appliquer les données offertes par les sciences comportementales dans le cadre de politiques publiques ? La question est déjà dépassée puisque c’est exactement ce qui est en place aussi bien en France qu’aux États-Unis ou dans les organismes mondiaux, bien décidés à influencer notre comportement. Présenté globalement comme un apport positif dans cet article du Monde (25 mai 2021), le « nudge » est le nouveau sésame du gouvernement des hommes.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, vous avez certainement suivi les lignes blanches au sol indiquant les distances à respecter dans les files d’attente ou sur les quais du métro. Vous avez reçu le texto du gouvernement appelant à télécharger l’application TousAntiCovid, précisant que « 10 millions de Français l’utilisent déjà ». Vous avez lu sur des affiches ou entendu à la télévision le slogan « quand on aime ses proches, on ne s’approche pas trop ». Vous l’ignorez sans doute, mais ces trois exemples ont un point commun : ils sont en partie inspirés des sciences comportementales, et notamment du « nudge ». Le nudge ? « Coup de coude en anglais : un outil aidant les personnes à prendre les décisions allant dans leur intérêt, sans les contraindre », résume Eric Singler, directeur général de BVA, chargé de la BVA Nudge Unit. (…)

A la croisée des recherches en psychologie cognitive, neurosciences et économie comportementale, cette méthode d’influence douce a été théorisée aux Etats-Unis par l’économiste Richard Thaler (Prix Nobel 2017) et le juriste Cass Sunstein, en 2008. « Leurs travaux rappellent que les êtres humains ne prennent pas toujours des décisions rationnelles, notamment en raison de biais cognitifs », résume Alexandre Delaigue, économiste à l’université de Lille. Les biais les plus fréquents sont la préférence pour le statu quo (personne n’aime changer lorsque cela demande un effort), le besoin d’adhérer aux normes sociales, ou encore l’aversion pour la perte. Les identifier permet de comprendre certains comportements à première vue irrationnels, comme celui d’un cancérologue continuant de fumer alors qu’il est bien placé pour connaître les méfaits du tabac. Ou celui de particuliers ne sollicitant pas les aides publiques auxquelles ils ont pourtant droit. Parfois, expliquent MM. Thaler et Sunstein, une petite modification de l’environnement suffit pour les pousser à agir. Exemple : placer les fruits devant les pâtisseries à la cantine réduit la consommation de desserts trop sucrés. Et indiquer que « 75 % des clients de l’hôtel réutilisent leur serviette » dans les salles de bain augmente la proportion de ceux le faisant.

Ces discrets « coups de pouce » relèvent, selon leurs théoriciens, du « paternalisme libertarien » : « ils poussent vers le bon choix tout en respectant le libre arbitre, résume Cass Sunstein. Ils sont comme un GPS indiquant quelle est la meilleure route, sans vous forcer à la prendre ».

Depuis 2015, une équipe au sein de la Banque mondiale utilise ainsi ces travaux pour lutter contre la pauvreté ou réduire les stéréotypes de genre. « Nous aidons les dirigeants à comprendre pourquoi certaines politiques publiques ne sont pas assez efficaces et à identifier les biais de décision – y compris les leurs – en remettant l’humain au centre de la réflexion », illustre Ana Maria Munoz Boudet, de la Banque mondiale. Une étude menée à Haïti a ainsi montré que certaines femmes enceintes de l’île ne reçoivent pas assez de soins prénatals en partie par peur du regard condescendant du personnel hospitalier. (…)

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