Au quotidien n°228 : Vatican II de la musique

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°228 : Vatican II de la musique

La musique classique est à son tour la proie de la « cancel culture ». Dans Classica (juin 2021), Alain Duault réagit par une « Humeur » qui en appelle finalement à la résistance.

D’abord, il faut évacuer les truismes faciles. Le public en serait « vieillissant » ? Mais il n’était pas plus « jeune » il y a vingt ans, cinquante ans, un siècle ! Le public en est élitiste : mais il l’était encore bien plus « avant » ! Le disque est mort : sans doute, mais la musique se partage encore de mille façons à travers les technologies nouvelles – et, de toute manière, elle a d’abord pour finalité de se partager en « vrai ». Les coupes budgétaires (Grenoble ! Lyon ! Bordeaux !…), l’amenuisement de la place de la musique classique dans la presse généraliste, la fin des émissions musicales à la télévision (ou leur remplacement par des remakes désolants, tel ce néo-« Grand Échiquier » qui salit la mémoire de Jacques Chancel), les oukases portés – même dans des radios dévolues au classique – contre les mouvements lents (« ennuyeux » ), les opéras (« segmentants » ). Partout les mêmes exigences d’une « consolation » du réel, d’une « feel good music » – ou celles de divas « sympas », « mignonnes », ou d’un discours « branché » …, on n’en finirait pas !

(…) là, le président de la République reçoit des rappeurs, pas des musiciens classiques ! La cause est entendue : « La sévère discipline classique se voit peu à peu déclassée par des formes variées d’animation de groupe dont l’objectif n’est plus l’art ou l’œuvre mais l’intégration du sujet au collectif. » On en est là : que faire ? (…) Alors, changeons de chapitre : « Nous vivons depuis quarante ans un long “Vatican II de la musique”: comme avec le célèbre concile, la tendance spiritualiste se voit contrainte, au nom d’un implacable “s’adapter ou mourir”, de se plier aux nouvelles donnes du culturel global. » C’est-à-dire, inventons une place pour aujourd’hui à cette MAD (Musique À Défendre) en cessant de jouer les pleureuses. De nombreux « petits » labels créent des circuits nouveaux, offrent la possibilité à des artistes de s’exprimer, de nombreux organisateurs de concerts innovent avec des rythmes inédits (durée du concert, heure du concert, partage du concert), de nombreuses passerelles se créent entre les artistes (comme Unisson) sans attendre le bon vouloir des financeurs. La musique classique doit compter sur ses propres forces : les artistes et les œuvres sont ses seules vérités. Le reste, l’habillage, les justifications plus ou moins tordues, on peut s’en passer. C’est un défi à relever : il donne du sens à cet art qui nous fait respirer plus haut.

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