Notre quinzaine : l'histoire au croisement de nos destins

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : l'histoire au croisement de nos destins

Mythologie du Code Napoléon

Dans une société qui repose sur l’exaltation du progrès sans fin et sur le refus des racines, la place qu’occupe l’Histoire dans le cœur des Français montre paradoxalement les manques qu’ils ressentent. Ce besoin de permanence et de continuité que nous ne trouvons plus dans les cadres et les mœurs de notre époque, nous allons le satisfaire étrangement dans les souvenirs d’hier. Certains étrangers affirment même qu’il n’y a qu’en France que l’on se bat au sujet du passé.

L’actualité récente semble leur donner raison. Le bicentenaire de la mort de Napoléon (cf. L’HN n° 1738) a par exemple déchaîné les passions. Certains auraient voulu que l’on passe sous silence jusqu’au nom de l’Empereur et il semble qu’Emmanuel Macron ait longtemps hésité sur la ligne à suivre. Finalement, le Président de la République a reconnu les zones d’ombre de la politique napoléonienne – le rétablissement de l’esclavage, par exemple – tout en magnifiant l’homme des Lumières. Apparemment, il n’a pas vu le lien éventuel entre les deux et nous ne saurions pour notre part trop renvoyer à l’œuvre du professeur Xavier Martin (1) sur l’anthropologie anti-humaine des Lumières, fondée sur une vision mécaniste et sensualiste, et inscrite dans le marbre du code civil… napoléonien.

Un modèle : le Père Planchat

Autre exemple de bataille autour du passé : les suites données à la procession organisée à Paris le samedi 29 mai pour honorer les martyrs chrétiens de la Commune. Agressés violemment par des Antifas, les participants ont été mis en cause également par une tribune signée par quinze catholiques et publiée dans le quotidien La Croix (2 juin). Un instant, on a cru revivre la lutte entre Versaillais et communards, les uns soupçonnés de pactiser avec l’ordre bourgeois représenté par les premiers, les autres se sentant des affinités avec les seconds, au nom de valeurs censées être partagées par la Commune et l’enseignement social chrétien. Sur le cadre de la querelle, on renverra plus sérieusement aux travaux des historiens et notamment à notre dossier sur la Commune (cf. L’HN n° 1736 du 22 mai dernier). Sur le fond : ni Versailles, ni la Commune, les deux finalement communiant dans une même anthropologie issue des Lumières et de la Révolution, contraire à la vision chrétienne de l’homme et de la société. S’il fallait choisir, tournons-nous plutôt vers la figure du Père Planchat, assassiné par des communards et dont la cause de béatification a été introduite. On pourra difficilement soupçonner ce religieux de Saint-Vincent-de-Paul, apôtre des humbles et des pauvres, d’avoir pactisé avec « la bourgeoisie capitaliste ». L’historien Martin Dumont qualifie même sa famille religieuse de « congrégation anti-bourgeoise par essence », en raison de son refus originel de la Révolution et du libéralisme. À l’image du Christ, son divin modèle, qui a refusé le piège dialectique de l’enfermement dans lequel voulaient le conduire ses adversaires à propos de l’impôt (choisir entre l’occupant et Dieu), le Père Planchat s’est donné entièrement à sa mission de prêtre, jusqu’au don du sang. Le rôle des chrétiens dans la société n’est donc certainement pas d’être les supplétifs de positions séculières souvent contraires à la tradition sociale et politique de l’Église.

Théologie politique

Histoire encore avec une longue réflexion publiée par Jacques Julliard dans Le Figaro (7 juin) sur le retour du religieux à l’échelle du monde, même si l’Europe s’enfonce, elle, toujours plus dans la sécularisation, se montrant de ce fait incapable de régler le problème posé par l’islam. Homme cultivé, Julliard rappelle quelques aspects historiques et philosophiques du rapport entre le religieux et le politique. Il s’inquiète à juste raison du « silence proprement sidérant » de l’Église catholique à ce sujet. Face au retour de cette question, posée aujourd’hui aux sociétés européennes par la présence massive de l’islam, faut-il pour autant prôner comme il le fait la séparation du temporel et du spirituel ? C’est revenir en fait au cadre actuel, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est incapable aussi bien d’affronter l’islam que les angoisses existentielles de l’homme contemporain. Repensons plutôt à frais nouveaux la distinction du temporel et du spirituel propre à la tradition chrétienne. Mentalement et pratiquement, il est en effet temps que les catholiques sortent du processus d’intégration-dilution que l’on nous propose comme seul horizon. L’heure est plutôt à l’affrontement chrétien des problèmes du temps.

 

1. Voir notamment Mythologie du Code Napoléon, DMM, 2003.

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