Notre quinzaine : L’Église va-t-elle disparaître ?

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : L’Église va-t-elle disparaître ?

Une seule réforme : embrasser la Croix

L’Église va-t-elle disparaître ? La question est sur toutes les lèvres, et campe a minima dans tous les esprits. Les révélations du rapport de la commission Sauvé sur les crimes de nature sexuelle dans l’Église de France ont profondément choqué les catholiques et, plus largement, l’opinion publique. La presse s’en est emparée et les réseaux sociaux n’ont cessé de commenter le sujet, se révélant plus que jamais ces tribunaux d’une « justice » immédiate couronnée du blanc-seing de l’opinion publique.

Faut-il pour autant détourner les yeux ? La vérité est souvent crucifiante et, d’ailleurs, le Christ, qui est la vérité même, s’est laissé clouer sur une croix pour nous sauver du péché. Même endormi par le conformisme et les habitudes, le disciple se doit de suivre le Maître jusqu’au bout. À nous d’avoir aussi le courage de Péguy et de « voir ce que l’on voit » (Notre Jeunesse). C’est assurément le plus court chemin pour parvenir à une véritable et profonde réforme de l’Église. Laquelle implique un réel souffle spirituel, la reconnaissance et la contrition des péchés, le lucide constat des erreurs commises et une réinsertion dans le chemin tracé par la Tradition qui prend sa source dans les Évangiles, les Pères et le magistère constant de Pierre.

La réponse de l’histoire

L’Église va-t-elle disparaître ? La réponse est clairement non. La foi nous l’enseigne et l’histoire nous le confirme. À ce sujet, il faut lire le dernier livre de Didier Rance. Le titre même de l’ouvrage – L’Église peut-elle disparaître ? – indique que l’auteur s’est emparé d’une problématique très actuelle (Mame, 248 p., 17 €). Il y répond par l’histoire et par un véritable esprit de foi qui baigne en permanence dans les eaux pures de l’espérance. Le sous-titre du livre – Petite Histoire de l’Église à la lumière de la Résurrection?– le confirme amplement. L’auteur affronte neuf grandes périodes au cours desquelles l’Église aurait dû disparaître si elle n’avait été qu’une institution humaine. Il vaut la peine de citer ces neuf étapes : la fondation de l’Église où il était humainement difficile de parier sur sa survie pendant… vingt et un siècles ; les persécutions des premiers temps chrétiens ; la victoire apparente de l’arianisme ; l’éclosion des mouvements de laïcs en réponse aux scandales des clercs, confondus par l’amour de saint François d’Assise pour l’Église ; la menace de l’islam ; la « réforme » protestante ; la Révolution française ; la théorie de la mort de Dieu ; le nazisme et le communisme athée.

Au terme de ce périple historique, Didier Rance écrit : « Dieu est le Seigneur de l’histoire et conduit infailliblement celle-ci vers l’éternité de la façon qu’il veut. » Et c’est donc très logiquement que l’auteur conclut par le recours à la sainteté. Celle de ceux qui nous ont précédés et qui ont été élevés sur les autels. Mais celle aussi à laquelle nous devons parvenir par l’exercice humble et constant, avec la grâce de Dieu, de la foi, de l’espérance et de la charité.

Prêtres qui souffrez…

L’Église va-t-elle disparaître ? La formule de Bossuet, si souvent citée – « L’Église, c’est Jésus répandu et communiqué » –, n’a rien perdu de sa réalité. À côté de tous ces prêtres qui ont failli scandaleusement, il y a la masse, anonyme pour le plus grand nombre, mais derrière laquelle se révèlent un nom et un visage pour leurs paroissiens ou leurs proches, de ces prêtres qui ne cessent de tendre à la sainteté dans l’humilité d’une condition en profond décalage avec la société. Prêtres présents au confessionnal et prêts à mourir si besoin pour garder le secret des péchés avoués ; prêtres célébrant la messe avec recueillement et expliquant, avec ou sans talent, la riche parole de Dieu ; prêtres absorbant des kilomètres pour rendre service comme aumôniers scouts ou pour visiter les malades ; prêtres seuls au fond d’une grande bâtisse sans même parfois une parole de soutien de leur évêque ; prêtres, jeunes, dont on veut rogner les ailes parce qu’ils célèbrent une liturgie qui a fait des saints et auxquels on trouve un air trop décalé avec l’époque ; prêtres exténués à force de réunions, de discussions avec les différentes équipes censées les aider ; prêtres rivés sur leur bréviaire comme une preuve de fidélité amoureuse malgré la fatigue, le doute, la lassitude, le désespoir, la crainte.

Prêtres qui souffrez et dont nous avons tant besoin pour que Jésus soit donné, continué, communiqué. Oui, prêtres qui souffrez, merci de ce que vous êtes ; merci pour votre sacerdoce, vos dons et même vos limites. Merci de rayonner Jésus jusques et y compris dans l’abaissement du Vendredi saint. Bientôt, la Résurrection !

Ce billet a été publié dans L'Homme Nouveau, je commande le numéro

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