Avoir le sens de la gratuité

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Avoir le sens de la gratuité

Lors de l’angélus de ce dimanche 10 octobre, en commentant l’épisode, qui nous est familier, du jeune homme riche, le Pape a évoqué l’un des plus beaux, mais aussi des plus exigeants passages de l’Évangile.

En effet, le Seigneur tire la vraie moralité qui découlait de cet incident : le jeune homme n’avait qu’un ennemi, sa richesse. Il a succombé devant cet ennemi. Toutes ses chances de perfection se sont évanouies comme une bulle de savon, le mot hébreu qui sert à désigner la vanité des choses. Il s’est éloigné du Seigneur qui l’invitait à le suivre, parce qu’il était riche. Du même coup, on peut deviner le motif qui détermina Jésus au premier abord, à avertir que Dieu seul est bon. Il n’y a pas de bons maîtres, il n’y a pas de bonnes œuvres, il n’y a pas non plus de bonnes richesses ; Dieu seul est bon et bienheureux ceux qui s’attachent à lui seul. L’échec du jeune homme entraîne le Seigneur à cette douloureuse réflexion : combien il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ! Les disciples s’étonnent, mais Jésus a raison : il faut être libre pour entrer, il faut être vide pour accueillir, il faut avoir besoin de Dieu pour venir vers lui. Pour entrer dans le royaume des cieux, il faut accueillir intérieurement la royauté de Dieu dans son cœur et il est indispensable pour cela qu’il y ait en nous une place pour Dieu. Le cœur s’encombre par la richesse et par les désirs : le riche a son Dieu dans sa richesse.

On remarquera que l’on ne connaît pas le nom de ce jeune homme. Saint Marc ne mentionne pas davantage son âge, se contentant de la vague nomination d’un tel. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que chacun de nous peut se retrouver dans cet homme qui à la fois désire le bien, désire Jésus, mais en même temps est obèse de richesse. Nous-mêmes nous pouvons nous retrouver comme dans un miroir en ce jeune homme. En lisant ou en écoutant ce passage évangélique, nous pouvons tester notre foi. De fait, la question que pose le jeune homme à Jésus montre qu’il a la foi. Il désire la vie éternelle, impossible sans le baptême et sans la foi. Son but est louable, comme le montrent les deux verbes qu’il utilise : faire et pour avoir. Mais sa religiosité reste encore juive, marquée qu’elle est par un donnant donnant. Jésus en donnant son commandement d’amour donne à la foi une autre dimension. La foi n’est pas une réponse commerciale. Elle implique trois points qui s’éloignent de cette dimension de marchandage : la liberté, la gratuité et l’amour. La foi ne s’achète pas. Évitons toute relation commerciale avec Dieu, spécialement dans la prière.

Un autre point que nous devons souligner : le regard d’amour que Jésus fixa sur le jeune homme. Voilà le vrai visage de Dieu Amour. Sans la charité, la foi n’opérera pas. Le chrétien doit fonder sa vie sur le regard de Jésus. Comment ne pas évoquer ici la phrase que saint Augustin fait porter sur les lèvres du Bon larron : « Il m’a regardé et dans son regard j’ai tout compris ». Mais malgré le regard de Jésus, le jeune homme était riche. Il lui manquait le don, la gratuité. Certes les commandements sont nécessaires et Jésus commence par les rappeler, mais si l’on désire le vrai bonheur, il faut savoir tout larguer pour Jésus. Cela peut se faire dans tous les états de vie, même si ici Jésus vise les conseils évangéliques propres aux religieux. Demandons à Marie qu’elle nous obtienne de son Fils le sens de la gratuité. Elle lui a toujours dit oui et elle désire que nous en fassions autant et cela toujours, même lorsque ce oui coûte en nous obligeant à aller à contre-courant.

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