Notre quinzaine : À la manière de Péguy, voir ce que l’on voit…

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : À la manière de Péguy, voir ce que l’on voit…

Alors que nous approchons à grands pas de la fête de Noël, une question s’invite dans le quotidien des catholiques français. Y a-t-il encore une place pour le catholicisme dans notre pays ? L’historien Guillaume Cuchet pose la question d’une manière un peu différente en titre de son dernier livre : Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?

Quoi qu’il en soit de la forme de la question, ce qui était hier encore une évidence n’apparaît plus du tout aujourd’hui comme une certitude. Les mœurs de la majorité des Français ne sont plus façonnées par le christianisme. Leurs modes de vie, leurs références, leurs modèles, leurs réflexes se trouvent ailleurs. La question des abus sexuels n’améliore évidemment en rien cette situation. Pourtant, il y a quelques décennies, ces mêmes Français rencontraient encore l’Église à leur naissance (baptême) et à leur mort (funérailles). Ils avaient encore un rapport avec elle pour la première communion. Et s’ils décrochaient souvent après la profession de foi, ils la retrouvaient le temps du mariage.

 

Cette structuration du parcours social de la foi semble avoir explosé. Guillaume Cuchet le montre dans son dernier essai. D’autres auteurs le décrivent, comme Jérôme Fourquet de l’Ifop, chiffres à l’appui, dans ses récents ouvrages, L’Archipel français (Le Seuil) et En immersion (Le Seuil). La philosophe Chantal Delsol se plaît, elle, à proclamer « la fin de la chrétienté », selon le titre de son dernier livre (Le Cerf). Faut-il répondre pour autant comme une autre philosophe, Aline Lizotte, sur son site « Smart Reading Press » que « les réflexions de Guillaume Cuchet et de Chantal Delsol ne sont en fait que des redondances » ?

Peut-être ? Il est vrai que la proclamation de la fin du christianisme n’est pas nouvelle. Nietzsche avait annoncé son épuisement et même clamé la mort de Dieu. Il est vrai également que le christianisme aurait pu sombrer à plusieurs reprises et ce, dès la mort du Christ. Je me permets à ce sujet de renvoyer au livre de Didier Rance au titre si évocateur, L’Église peut-elle disparaître ? (Mame) qui aborde ces différents moments historiques.

Prendre la mesure du réel

Reste que si les antécédents historiques et la certitude surnaturelle se conjuguent pour affirmer la continuité de l’Église et de la foi chrétienne, rien n’empêche d’essayer de prendre la mesure la plus précise possible de la situation actuelle. Celle-ci se caractérise par le fait que le catholicisme est devenu comme un corps étranger pour nombre de nos contemporains. Pour tenter de saisir ce phénomène, nous avons invité Guillaume Cuchet et Yvon Tranvouez, auteur de L’Ivresse et le Vertige (Artège) – un livre très intéressant que j’ai déjà évoqué rapidement ici. Si le premier porte son analyse principale­ment sur les manifestations actuelles de la désappropriation du catholicisme, le second s’intéresse à différents faits s’inscrivant dans le contexte de Vatican II et de Mai 68. Auprès d’eux nous ne sommes allés chercher ni des vérités de foi ni des solutions mais plutôt des éléments d’appréciation d’une situation qui s’ancre dans un passé récent qui ne peut être révoqué d’un simple geste de la main. Venus d’horizons différents du nôtre, ils ont accepté de se prêter à cet échange, réalisé en toute liberté. Je tiens ici à les remercier sincèrement de nous avoir accordé leur temps et leur réflexion. À chacun de nos lecteurs maintenant de s’en nourrir.

Vivre de la foi, de l’espérance et de la charité

La logique de notre démarche s’appuie sur l’exigence de Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. » (Notre Jeunesse). On rétorquera que les propos rapportés reposent sur un fond bien pessimiste. Mais là aussi, là encore, pourrait-on se défaire une fois pour toutes de ces catégories séculières inopérantes ? Un chrétien, un simple chrétien comme nous le sommes, ne vit pas d’optimisme ou de pessimisme. Il ne vient pas chercher d’abord auprès de l’Église un réconfort psychologique et sensible, à coups de chants et de farandoles.

Un chrétien, un simple chrétien comme nous le sommes tous, demande à l’Église la foi, pleine et entière. Il n’attend pas autre chose, ou alors, par surcroît. Et il ne vit donc pas d’optimisme ou de pessimisme ou de la palette des impressions psychologiques qui forment l’entre-deux. Il vit ou doit vivre de la foi, de l’espérance et de la charité. Si l’on veut qu’il y ait un avenir pour le catholicisme en France, on ne pourra faire l’économie, sur le plan naturel, d’un bilan intellectuel des raisons du désastre actuel, tout en proposant la foi chrétienne dans sa totalité.

Ce billet a été publié dans L'Homme Nouveau, je commande le numéro

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