Au quotidien n°290 : la démocratie est-elle la solution dans et pour l’Église ?

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°290 : la démocratie est-elle la solution dans et pour l’Église ?

La philosophe Aline Lizotte publie sur le site Smart Reading Press (12 novembre 2021) une très longue analyse de certaines préconisations structurelles du Rapport Sauvé, en mettant en avant notamment ce qu’implique la notion de « systémique ». Derrière la lutte justifiée contre les abus sexuels et la nécessaire réparation vis-à-vis des victimes, c’est une subversion de la structure hiérarchique de l’Église qui est visée et l’introduction de la démocratie comme solution universelle.

Le Rapport Sauvé, sans commenter cette instruction venue du Magistère romain, ajoute ses propres remarques : «Cette affirmation doctrinale, récente, d’une organisation et d’une gouvernance marquées par la verticalité, fait écho aux témoignages de victimes et aux interrogations de nombreux experts entendus par la commission, qui considèrent que cette organisation institutionnelle, si elle n’est pas en elle-même la raison des violences sexuelles, participe à la création d’un environnement qui peut se révéler défavorable à la prévention et au traitement des abus ». Ainsi l’autorité de l’Église et la structure de la gouvernance du pape et de l’évêque, telles qu’elles se sont exercées et continuent de le faire, deviendraient sinon la cause, du moins la disposition proximale des abus sexuels commis par des clercs.

La dernière réunion de la Conférence des évêques de France (CEF) semble confirmer cette vision, puisqu’elle déclare que l’Institution – l’Église – porte en vertu de sa structure systémique de gouvernement la responsabilité des abus sexuels sur lesquels la CIASE a enquêté. Forte de ces prémisses, la recherche de la CIASE s’est centrée sur «un triple prisme » en examinant ces modes de fonctionnement :

  • Seraient-ils de nature à donner aux auteurs des violences sexuelles des positions propres à permettre ou à faciliter la commission de ces violences ?
  • Ils ne permettraient pas d’identifier les éventuelles violences ou tentatives de violence, de les régler et d’agir efficacement pour les réprimer et prévenir leur réitération.
  • Ils ne permettraient pas de bien distinguer les responsabilités sacramentelles (les pouvoirs d’ordre) et les responsabilités se rapportant au gouvernement de l’Église.

Autrement dit, la structure hiérarchique du pouvoir de gouvernement dans l’Église constituerait une disposition systémique à permettre, faciliter, voire renforcer la commission des abus sexuels, 1° parce qu’elle existe sans contre-pouvoir ; 2° parce qu’elle favorise une «incarnation» du pouvoir (l’évêque étant nommé par le pape n’est pas désigné comme un élu d’une synodalité des fidèles ; il serait en quelque sorte, le délégué du pape dont il augmenterait le pouvoir) ; 3° parce que, agissant dans la confusion entre le for externe et le for interne, il est porté à confondre le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction.

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Si l’Église est un système, elle est donc un certain Tout qui comporte un élément dit «Premier» (A), sur lequel il interagit (B). Puisque A (premier) agit sur (B) qui n’est pas premier, il exerce nécessairement une relation de «domination». Cependant, B peut aussi agir sur C, qui est l’élément second. Cette forme d’interaction serait propre à une relation «ecclésiale».

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Les éléments dans lesquels s’inscrivent des relations de ce genre peuvent être matériellement différentes. Ainsi, on peut avoir des relations épiscopales, cléricales, spirituelles, mais on retrouvera les mêmes éléments : un premier (dominateur), un second (dominé) qui peut, à son tour, jouer le rôle de dominateur et finalement, un troisième, un domaine sacré.

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Selon le Rapport de la CIASE, selon ce que le document suggère sans trop l’affirmer, c’est la mise en œuvre de cette compréhension du pouvoir de gouvernement (pouvoir de juridiction) qui est la cause de la non-répression des violences sexuelles dans l’Église catholique. Cela pour deux raisons : 1° la concentration des pouvoirs dans le gouvernement exercé par «un seul» – pape ou évêque –, et donc l’absence d’un contre-pouvoir, 2° ce qui en résulterait, à savoir la confusion entre le «for interne» et le «for externe ». Aussi demande-t-elle une réévaluation de l’interprétation de ce passage de l’Écriture et une réinterprétation concrète de son application, sans pour autant conduire à une abolition de son caractère fondamentalement sacré. Il viendrait du Christ, mais ne s’interpréterait pas comme l’Église catholique l’interprète, surtout à partir de Vatican I, caractérisé par son ultramontanisme.

Or, la CIASE passe sur le fait ou ignore que cette réévaluation et cette réinterprétation ont déjà été faites dans l’Église catholique. Elles ont conduit à un schisme : celui de la Réforme. Il en est sorti la formation d’une multitude de communions protestantes et l’élimination du pouvoir de juridiction. Le baptisé adhère au Salut apporté par Jésus Christ uniquement par la foi (sola fides) et demeure exempt d’une obéissance au gouvernement de l’Église. De la foi seule, on passe à la libre interprétation des textes sacrés et, de cette libre interprétation à une fragmentation de l’unité de l’Église. La systémie a radicalement changé ! Mais a-t-elle apporté une diminution significative des abus sexuels dans la mesure où l’on peut en évaluer le nombre en tenant compte de la fluidité des structures des communions protestantes ?

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