Au quotidien n°293 : une autre façon de prendre le train

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°293 : une autre façon de prendre le train

Si les années 1970 ont vu la fermeture de nombreuses lignes ferroviaires secondaires, l’heure serait aujourd’hui à la réouverture. Non pas du côté de la SNCF, mais de petites compagnies. Marianne (12 novembre 2021) en a présenté un exemple.

Pour créer les conditions d'un retour des trains de fret et de voyageurs sur certaines lignes délaissées par la SNCF, la coopérative Railcoop et ses sociétaires s'activent depuis la fin de 2019. Avec une première réussite à venir : le départ de son premier train, prévu le 16 novembre.

Leur pari ? La contre-programmation. La localisation de leurs bureaux en est une parfaite illustration. Pour trouver Railcoop, coopérative bien décidée à réen-chanter certaines lignes de train abandonnées, ne cherchez pas du côté d'une métropole. Allez plutôt à Figeac, sous-préfecture du Lot d'un peu moins de 10 000 habitants, où se trouvent une partie de leurs troupes. Ou bien à Barr (7 219 habitants), où se situe le reste de leurs petites mains, entre Strasbourg et Colmar. Quoi de plus normal quand on veut prendre le parti des territoires ruraux oubliés contre Paris et les grandes villes (beaucoup trop) incontournables ? « Notre action vise à servir les zones dépendantes à la voiture, explique Nicolas Debaisieux, directeur général de Railcoop, dans son local lotois. Il est donc normal pour nous de nous installer ici, au cœur de ces communes que nous voulons désenclaver par le rail. »

Le projet de Railcoop est simple : remettre la mobilité ferroviaire au centre du jeu, en complémentarité de l'offre de service public (et non en concurrence). D'abord parce que le contexte climatique nécessite son retour sur le devant de la scène. En effet, comme le souligne la communication de la coopérative, le transport de voyageurs par rail nécessite « moins d'un douzième de l'énergie requise pour déplacer une personne ou une tonne de marchandise par la route ».

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Au démarrage, ils étaient 32 sociétaires. Aujourd'hui, ils sont… 9 615 ! Parmi eux, certaines collectivités, comme le conseil départemental de la Creuse et la région Grand-Est, qui contribuent respectivement à son capital à hauteur de 60 000 et 300 000 €, et un certain nombre d'entreprises. Un engouement qui a poussé les équipes de Railcoop à s'adapter : « Nous sommes passés d'un fonctionnement artisanal, individuel et direct, à un fonctionnement plus global », détaille Juliette Lavezard, responsable de la vie coopérative de Railcoop, ancienne d'Alstom, venue ici trouver « du sens », et qui ajoute : « La montée en puissance › › du sociétariat s'est faite à une vitesse incroyable. Il y a une vraie envie de train en France, une volonté presque militante ! »

Cette adhésion au projet a-t-elle permis de récolter les fonds suffisants pour réaliser ce projet fou ? « Nos fonds propres aujourd'hui s'élèvent à 3,5 millions d'euros, expose Juliette Lavezard. L'objectif est d'atteindre 8,5 millions à terme. » Ces fonds ont servi, dans un premier temps, à acheter neuf rames de train d'occasion à SNCF Voyageurs et à engager du personnel. Ils doivent, dans un second temps, permettre à Railcoop d'envisager d'ouvrir de plus en plus de lignes. Prévue initialement pour le mois de juin 2022, la première ligne de voyageurs ne verra le jour que six mois plus tard, en décembre. Un délai supplémentaire dû à des discussions retardées avec SNCF Réseau pour obtenir certains sillons (créneau horaire sur lequel un train a l'autorisation de circuler sur un parcours déterminé). Cette ligne devrait relier Lyon à Bordeaux en sept heures et trente minutes (à 90 km/h de moyenne) avec des arrêts à Roanne, Gannat, Montluçon, Guéret, ou encore Périgueux. Prix du billet par personne : moins de 40 €. Une ligne transversale fermée depuis 2012 après un siècle et demi d'existence et qui représente une étape décisive pour le projet. « Nous sommes plutôt confiants, précise le directeur général. Nous avons fait plusieurs études pour estimer le taux de rentabilité de cette ligne. L'une d'elles, réalisée avant la crise sanitaire, fixait un potentiel de 690 000 voyageurs à l'année. Nous étions heureux de la savoir viable. Mais une nouvelle étude, menée celle-ci ces dernières semaines, nous a appris que le potentiel était légèrement supérieur. »

L'autre jambe du projet réside sur le transport de marchandises. Dans quelques jours, le 16 novembre, cette ligne doit ouvrir pour relier Viviez-Decazeville, Capdenac (Aveyron) et Saint-Jory (Haute-Garonne). « En France, la desserte fine a disparu au profit des grands axes et des grands volumes, regrette Nicolas Debaisieux. C'est ce que nous allons tenter de relancer : une courte liaison, d'un territoire rural à dominante industrielle jusqu'au hub régional. Chaque jour, un train partira. » Reste à convaincre les entreprises locales, qui ont depuis un certain temps fait le choix d'acheminer leurs marchandises par les routes plutôt que par le rail.

 

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