Au quotidien n°294 : La musique face au racialisme

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°294 : La musique face au racialisme

Dans sa chronique de Classica (octobre 2021), le poète et musicologue Alain Duault dénonce la pénétration du racialisme dans le monde de la musique.

En biologie médicale, on se méfi e des radicaux libres : ce sont de micro-éléments qui s’installent dans notre corps, le perturbent en profondeur et provoquent l’irrésistible vieillissement qui nous conduit à la mort… Il semble bien que notre société soit ces temps-ci un corps malade, du fait de quelques éléments qui affirment haut et fort leur radicalité. Ainsi, le mois dernier, à l’université de l’Arizona, deux étudiantes noires ont demandé à deux étudiants blancs de quitter la bibliothèque parce que leur présence était pour elles « offensante » ! Il y a cinquante ans, en Chine, les Gardes rouges balayaient tout ce qui n’était pas rouge et brisaient à coups de barres de fer les bras des pianistes pour qu’ils ne jouent plus de « musique bourgeoise » parce que celle-ci offensait la conscience révolutionnaire du peuple. Depuis trente ans, en Iran, les Gardiens de la révolution, tout comme, à nouveau, les talibans en Afghanistan, interdisent la musique. La culture au sens large, et la musique en particulier, semble focaliser la haine de ceux qui affirment leur sectarisme sous le nom de radicalité. Ainsi, quatorze musiciens, blancs, de la compagnie britannique English Touring Opera ont reçu une lettre les informant qu’ils étaient écartés « afi n d’accroître la diversité au sein de l’orchestre » ! L’intolérance agressive progresse chaque jour dangereusement et l’idée que la « diversité » devrait s’imposer dans les orchestres, les corps de ballet ou chez les solistes vocaux, si elle triomphait, tendrait bientôt à asphyxier le recrutement des artistes en remplaçant l’exigence et l’excellence par les quotas ! Après avoir combattu le népotisme et autres favoritismes en imposant les auditions derrière paravent, ce serait une formidable régression ! Alors que cette méthode radicale a permis d’éliminer les préjugés machistes qui ont longtemps éloigné les femmes des grandes formations, on voudrait revenir à un autre type de préjugé, tout aussi dommageable, celui de préférer une couleur de peau à une couleur sonore – du racisme à l’envers en somme ! Souvenons-nous de la belle réponse de Wieland Wagner à ceux qui l’accusaient de « dénaturer » la musique de son illustre aïeul quand il avait engagé la mezzo noire Grace Bumbry pour chanter la Vénus de Tannhäuser à Bayreuth : « Mon grand-père a écrit pour des couleurs de voix, non pour des couleurs de peau.

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