Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu

Rédigé par Anne Bernet le dans Culture

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu

Il fait beau, et anormalement doux, le soir du 13 novembre 2015. Un superbe été de la Saint-Martin trompe l’approche de l’hiver à venir. Les Parisiens en profitent et s’installent aux terrasses des cafés. Comme beaucoup, Anna et Marion Pétard ont décidé de goûter l’instant présent. Depuis que l’aînée, graphiste de 27 ans, ne trouvant pas de travail, s’est exilée à Barcelone, les occasions de se voir, pour les deux sœurs, dont la cadette est en maîtrise de musicologie à la Sorbonne, se font rares. Anna a fait une surprise en venant à l’improviste passer le week-end en France. Le lendemain, elles rentreront chez elles, en Loir-et-Cher ; fêter l’anniversaire de leur mère. 

Pour Anna et Marion, et plus d’une centaine d’autres Parisiens, il n’y aura pas de lendemain. Leur vie s’achèvera dans quelques minutes, sous les coups de commandos islamistes qui, des heures durant, sèmeront la terreur dans les rues de la capitale.

Dans le paisible village de Touraine où ils sont charcutiers, Sylvie et Érick Pétard passent une soirée tranquille devant la télévision. Jusqu’à l’instant où les chaînes annoncent les attentats. Le quartier de Marion, le XIe arrondissement, est l’épicentre des attaques ; comme leurs parents le savent, leurs filles avaient prévu d’aller au restaurant, ces restaurants pris pour cibles… Le téléphone sonne dans le vide. Le portable de Marion ne répond pas, celui d’Anna non plus. Ils ne répondront jamais plus. Leurs propriétaires, criblées de balles, gisent sur le trottoir, à quelques pas du Carillon où elles avaient dîné avec une amie.

Cela, leurs parents, fous d’angoisse, l’apprendront après trente-six heures d’affolement et de démarches infructueuses pour savoir si leurs enfants font partie des victimes. Le monde de ces commerçants de province s’écroule avec la disparition de leurs filles. C’est le désespoir, l’horreur, l’incompréhension, la colère face à un État impuissant et bavard, une politique migratoire que M. Pétard dénonçait. La colère, aussi, contre ceux qui, clergé compris, tiennent à ces parents qui ont tout perdu un discours lénifiant, parlent de pardon et de compréhension. Rien n’a plus de sens, sinon la vengeance, improbable dans un pays où la peine de mort n’existe que pour les innocents, jamais pour les coupables.

Les Pétard s’enfoncent dans leur insondable douleur, leur colère, cherchent dans le travail un dérivatif à leur souffrance. Pourtant, au sein de cette détresse sans limite ni remède, une lueur timide se réveille en leur âme : le souvenir de la foi de leur baptême. « Catholiques sociologiques », le couple a déserté l’église et renoncé à la pratique religieuse, mais il a voulu donner une éducation chrétienne à ses filles. Après des années de ténèbres, un espoir naît, palpite, grandit : et si, en dépit des apparences, tout ne s’était pas terminé, pour eux et leurs enfants, dans un caniveau parisien inondé de sang ? Si, quelque part, Anna et Marion vivaient encore, d’une vie nouvelle, plus belle, transfigurée, à l’abri du mal ?

Lentement, la certitude de l’existence de Dieu, de l’immortalité de l’âme, de la communion des saints et de la possibilité de venir en aide aux défunts, oubliée aux jours heureux, s’impose aux parents en deuil. Malgré les sarcasmes de ceux qui voient dans cette conversion une pitoyable tentative d’échapper à la réalité, Sylvie et Erick retrouvent un sens à l’existence, guidés dans leur quête par la présence, de plus en plus sensible, des deux jeunes mortes à leur côté, de celle de Marie et du Christ.

Attentats du Bataclan, l’espérance qui nous fait vivre (Artège. 230 p., 15 €) est un récit : celui d’un drame épouvantable qu’aucun parent au monde ne devrait avoir à vivre ; c’est un procès : celui d’une certaine France lâche et soumise qui a fini par tout tolérer et ne sait plus se défendre, celui de politiciens lamentables et opportunistes insultant à la douleur des victimes. Mais c’est d’abord un magnifique cri d’espérance et de foi.

Réseaux sociaux