Notre quinzaine : L’Église est-elle une structure de péché ?

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : L’Église est-elle une structure de péché ?

C’est un numéro un peu spécial que nous proposons à nos lecteurs en ce début de l’Avent. À tel point que nous avons décidé – exceptionnellement – d’augmenter le nombre de pages afin de vous offrir des éléments de réflexion sur deux sujets importants qui touchent à la vie de l’Église en cette fin d’année 2021. Ces sujets, quels sont-ils ?

Lourdes 2021 : un tournant ?

D’abord les décisions de l’Assemblée plénière des évêques de France qui s’est déroulée en novembre dernier à Lourdes. Dans leur immense majorité, ces derniers ont décidé de reconnaître « la responsabilité institutionnelle de l’Église » et « la dimension systémique » des abus sexuels en son sein. Les décisions qui ont été prises – réparation financière, création d’un tribunal canonique national, place plus importante des femmes dans les séminaires, etc. – découlent des préconisations de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase). Selon le communiqué de la Conférence des évêques de France, « tous les points doctrinaux mentionnés par le rapport de la Ciase (morale sexuelle, anthropologie, sacerdoce ministériel, instrumentalisation de la Parole de Dieu, distinction entre pouvoir d’ordre et pouvoir de gouvernement…) » feront l’objet d’une réévaluation. C’est énorme !

Si l’on imagine la responsabilité qui pèse sur les évêques français, il apparaît pourtant nécessaire de réinterroger le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église dont le poids semble déterminant dans les décisions prises par l’épiscopat français.

Notre devoir de laïcs

Comme fidèles laïcs, nous sommes en effet, bien qu’à des degrés divers, également responsables de l’état de l’Église et des manques à la sainteté de plusieurs de ses membres. Il nous semble d’ailleurs important de souligner que nous nous plaçons, ici, dans le respect du Code de droit canonique (1983). Si au paragraphe 1 du canon 212, celui-ci stipule la nécessaire obéissance des fidèles aux Pasteurs, il précise au paragraphe 3 du même canon : « Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux Pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes. »

Profitons-en pour rappeler, en ce temps de dénonciation constante du cléricalisme, que si l’Église est un mystère et qu’elle est le corps mystique du Christ, elle est aussi une société hiérarchique (Lumen Gentium, n° 8). Il n’y a pas de vie de l’Église sans sa hiérarchie et il n’y aura pas de véritable renouveau de l’Église en dehors de celle-ci. C’est pourquoi nous nous interrogeons quand on nous présente l’Église comme une sorte de « structure de péché », directement contraire à sa sainteté, et sans poser la moindre distinction entre « la personne » et « le personnel » de l’Église mais, au contraire, en invoquant sa structure et son anthropologie.

Traductions liturgiques et intégrité de la foi

L’autre sujet de ce numéro concerne les nouvelles traductions du Missel romain de Paul VI qui sont entrées en vigueur le premier dimanche de l’Avent. Même si la question de fond n’est pas entièrement réglée, comme le rappelle à sa manière le motu proprio Traditionis Custodes de François, les corrections apportées aux traductions en langue française du missel de 1969 méritent d’être présentées et commentées. Elles réparent, en effet, en partie, des incohérences et même des erreurs doctrinales que les autorités compétentes ont couvertes de leur autorité pendant des décennies, aggravant de ce fait même la dilution de la foi catholique. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, l’abbé Thierry Blot, qui a travaillé pendant vingt ans à la section francophone de la Congrégation pour le Culte divin, explique en détail la portée de ces corrections, essentiellement fruit du pontificat de Benoît XVI. Qu’elles aient pu être nécessaires et qu’elles aient demandé autant de temps pour être effectives montre combien reste indispensable l’orientation de fond du motu proprio Summorum Pontificum. En matière liturgique, le Credo est engagé. Il s’agit donc non seulement d’« éviter des erreurs » mais aussi de « trans­mettre l’intégrité de la foi ». À ce titre, filialement, nous demandons le retour de la vraie paix liturgique.

 

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