Au quotidien n°309 : défense de la nostalgie

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°309 : défense de la nostalgie

L’écrivain Thomas Morales consacre une tribune dans le Figaro (13 décembre 2021) à une défense d’un sentiment mal vu : la nostalgie…

Longtemps, nous avons eu honte. Nous cachions nos passions « malsaines » pour la comédie populaire et la littérature acide, les automobiles girondes et les plats en sauce, la farce bistrotière et la cascade rieuse, le cinéma de papa et la poésie du zinc.

Tout ce que nous aimions était perpétuellement sali, dégradé, moqué et recouvert par le drap du déshonneur. Tristes et désabusés, nous nous sommes alors réfugiés dans la nostalgie, dernière station avant la liquidation générale. Chaque année, la modernité tapageuse nous excluait un peu plus du jeu national, elle ne reconnaissait plus ses propres enfants, méprisant notre ruralité enfouie et notre géographie secrète. Au lieu de nous enfermer, la nostalgie nous a ouvert les yeux.

(…)

Ce temps-là semble révolu. La honte change, peu à peu, de camp. Le passé sort lentement des brumes et la nostalgie n’est plus cette maladie des âmes damnées, le sceau de l’infamie. (…) Alors, regardons cette onde nostalgique, avec bienveillance, comme si nous posions un regard tendre sur nos grands-parents. Ne soyons pas indignes de leur mémoire et si prétentieux de nos certitudes actuelles ! Il ne s’agit pas de fantasmer le passé ou d’escroquer les souvenirs, juste d’accepter que notre pays soit, à nouveau, beau et désirable, taquin et provocateur, charnel et mélodieux.

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