Notre quinzaine : Sous le regard et dans la lumière de Dieu

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : Sous le regard et dans la lumière de Dieu

Qui aurait pu prévoir un tel enchaînement d’événements ? Le 24 février dernier, le président de la Russie ordonnait à l’armée de son pays de déclencher une offensive contre l’Ukraine. Un mois après, le vendredi 25 mars, en la fête de l’Annonciation, le pape François consacrait au Cœur Immaculé de Marie l’Ukraine et la Russie, en union avec tous les évêques du monde.

Sans surprise, l’événement n’a pas fait la Une des quotidiens ou des journaux télévisés. Il est pourtant loin d’être anodin. Il entre en écho avec le message de Notre-Dame à Fatima, demandant que le Saint-Père consacre la Russie à son Cœur Immaculé pour que cesse la diffusion de ses erreurs et que revienne un temps de paix dans le monde.

Depuis Pie XII, les papes ont déjà procédé à un tel acte mais jamais avec une telle précision. Il n’est peut-être pas inutile de citer ici une partie des paroles prononcées par François, le vendredi 25 mars dernier : « Mère de Dieu et notre Mère, nous confions et consacrons solennellement à ton Cœur Immaculé nous-mêmes, l’Église et l’humanité tout entière, en particulier la Russie et l’Ukraine. »

La Providence est à l’œuvre

Nous laisserons les spécialistes débattre de la portée de cette consécration au regard des demandes de Notre-Dame à Fatima. Pour l’heure, je voudrais tirer deux leçons de cet événement.

La première est relativement simple : Dieu mène l’Histoire du monde. Quand l’armée russe envahit l’Ukraine, le monde occidental est saisi de stupeur et envahi par la crainte. Le confort et le matérialisme dominant de nos sociétés d’opulence se voient d’un coup bousculés, par la remise en cause d’un ordre mondial reposant essentiellement sur la défense d’intérêts financiers, la marchandisation à outrance, y compris de l’humain, et une idéologie qui s’est entièrement coupée de la loi divine et naturelle.

Un mois après l’invasion russe, l’Église rappelle donc que la véritable paix ne vient que de Dieu et qu’il convient de la demander spécialement au Cœur Immaculé de Marie. François a tenu à souligner qu’« Il ne s’agit pas d’une formule magique, mais d’un acte spirituel. » De son côté, Mgr Schneider a précisé : « L’effet de l’acte de Consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, même s’il est accompli de façon parfaite selon la demande de la Vierge, ne doit pas être compris comme s’il s’agissait d’un sacrement, dont l’effet provient de sa célébration valide (ex opere operato). L’acte de consécration, théologiquement parlant, est un sacramental. La théologie précise que les sacramentaux (sacramentalia) ne produisent pas la grâce mais la préparent. Un acte de consécration n’a pas un effet automatique, immédiat et spectaculaire ou sensationnel. Dieu, dans sa souveraine, sage et mystérieuse Providence, se réserve le droit de déterminer le moment et la manière de réaliser les effets d’une consécration. » (entretien accordé au site « Onepeteronfive.com », le 23 mars dernier).

Il y a un mois, personne n’évoquait la possibilité d’une telle consécration. En quelques jours, elle est apparue d’une évidente et véritable nécessité, remettant ainsi la marche du monde sous sa véritable lumière : Dieu.

Le sens du surnaturel

L’autre leçon concerne l’Église elle-même. Elle vit aujourd’hui une période difficile de son histoire, même s’il convient de ne pas oublier la sainteté cachée toujours à l’œuvre. Il n’en reste pas moins qu’elle traverse une véritable crise de la foi. Dans son essai consacré à saint Thomas d’Aquin, Chesterton signalait naguère l’un des effets d’une telle situation : « Si le monde en arrive à ne plus avoir d’autre horizon que terrestre, l’Église peut le lui reprocher. Si la même chose arrive à l’Église, on voit mal à quel titre le monde le lui reprocherait. »

Il y a longtemps maintenant que l’Église n’enseigne plus aux nations qu’elles doivent se dégager de leur « mondanité » parce qu’il y a longtemps que l’Église s’est elle-même mondanisée, comme si elle était absorbée par l’horizontalité de l’existence humaine. Bernanos l’a dit autrement : « Le plus sûr témoignage de la conquête du monde par Satan, ce n’est pas la bombe atomique, c’est la lâcheté des hommes d’Église en face d’une société qui, depuis des siècles, se fortifie contre Dieu. »

L’acte de consécration effectué par François et les évêques unis ramène donc au sein même de l’Église le sens du surnaturel depuis trop longtemps délaissé (et à distinguer de son erreur par excès qu’est le surnaturalisme), nous rappelant que le Christ est le vrai chef de l’Église et le fondement d’une véritablement espérance.

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