Arrêté puis relâché, le cardinal Zen
dans le viseur du gouvernement chinois

Rédigé par Yves Chiron le dans Politique/Société

Arrêté puis relâché, le cardinal Zen <br>dans le viseur du gouvernement chinois

Le cardinal Zen a été arrêté le 11 mai par la Police de sécurité nationale à Hong Kong. Avant d’être libéré quelques heures plus tard, après le versement d’une caution financière.

Le 10 mai, le professeur Hui Po Keung, ancien maître de conférences à l’université Lingnan, a été arrêté à l’aéroport de Hong Kong alors qu’il s’apprêtait à quitter le territoire pour aller en Europe où un poste d’enseignant lui avait été proposé. Le lendemain, 11 mai, ont été arrêtés le cardinal Zen, évêque émérite de Hong Kong, Margaret Ng, juriste et ancienne députée, et Denise Ho Wan Sze, chanteuse de variétés. Ces quatre personnalités ont en commun d’avoir fait partie du conseil d’administration du Fonds 612 (612 Humanitarian Relief Fund).

Le chiffre 612 fait référence à la grande manifestation qui a eu lieu le 12 juin 2019 et qui fut une des plus importantes manifestations pour les libertés qui ont eu lieu à Hong Kong cette année là. Ce fut aussi une de celles qui ont donné lieu à la répression la plus violente et à des centaines d’arrestations. Le Fonds 612 avait été créé quelques jours plus tard pour apporter une « aide juridique, médicale, psychologique et financière » aux personnes arrêtées et à leur famille. Le Fonds 612 a apporté aussi son aide aux personnes arrêtées lors des manifestations suivantes ou poursuivies en justice. Ce Fonds, alimenté grâce à des dons en provenance de Hong Kong mais aussi de Chine continentale et de la diaspora chinoise dans le monde, a distribué l’équivalent de plus de 29 millions ces dernières années. Soumis à une enquête des autorités chinoises, il a dû suspendre ses activités en octobre 2021. Les 10 et 11 mai, les quatre anciens administrateurs ont été arrêtés sous l’inculpation de « collusion avec des forces étrangères », ce qui équivaut à une accusation de trahison   

 

Un avertissement

L’arrestation de quatre anciens administrateurs a d’abord valeur d’avertissement. On ne peut que noter la concomitance des dates. Le 8 mai, John Lee Ka-chiu a été « élu » Chef de l’exécutif de la Région administrative spéciale (RAS) de Hong Kong, avec pour mission de « terminer le travail de sécurisation » du territoire. Les 10 et 11 mai a lieu l’arrestation de quatre figures d'opposition parmi les plus connues au régime antidémocratique que Pékin impose à Hong Kong.

John Lee « a été élu avec un soutien écrasant », a commenté à Pékin le ministère des Affaires étrangères. C’est, bien sûr, un faux semblant puisque John Lee était le candidat unique à cette élection, et qu’il a été élu non pas par la population de Hong Kong, ni même par le parlement du territoire (le Legislative Council) , mais par un collège électoral restreint de 1 200 personnes, soi-disant représentatives des associations et des groupements d’intérêt de Hong Kong.

John Lee a fait carrière dans la police avant d’entrer dans l’administration du territoire de Hong Kong. Pendant les grandes manifestations démocratiques de 2019, il a dirigé la répression des manifestations pour les libertés et la démocratie.  

Selon les observateurs les plus avertis, en faisant arrêter les quatre anciens administrateurs du Fonds 612, John Lee a voulu montrer sa détermination à appliquer la Loi sur la Sécurité nationale (LSN), adoptée en juin 2020, et qui vise, selon son intitulé, à réprimer les actes de « sécession, subversion, terrorisme et collusion avec des forces extérieures étrangères». Le père Gianni Criveller, de l’Institut pontifical des Missions étrangères (PIME), spécialiste de l’histoire des missions en Chine et qui enseigne la théologie à l’Holy Spirit Seminary de Hong Kong, a déclaré que l’arrestation du cardinal Zen est un « acte d’intimidation et inhumain : c’est la carte de visite du nouveau chef de l’exécutif John Lee. Après les ennemis politiques, économiques et culturels, les religions sont désormais dans la ligne de mire. » 

 

Un double symbole

Il est évident que la Police de sécurité nationale (PSN), organisme chargé de faire respecter la loi de juin 2020, n’a pas procédé à l’arrestation du cardinal Zen sans l’accord des autorités de Pékin.

Le cardinal Zen, évêque coadjuteur de Hong Kong en 1996, évêque du diocèse de 2002 à 2009, créé cardinal par Benoît XVI en 2006, est devenu un des opposants les plus courageux à la « normalisation » imposée à Hong Kong. Il a apporté son soutien aux grandes manifestations pour les libertés civiques qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes en 2019 et, comme il nous l’a raconté lors d’une visite, il a célébré la messe en plein air avant le départ d’une de ces manifestations. Il fut un des fondateurs et des administrateurs du Fonds 612 et, plus discrètement, il a visité en prison les militants condamnés. Plus récemment, le 4 juin 2021, il a célébré une messe à la mémoire des manifestants massacrés sur la place Tien An Men, à Pékin, en juin 1989 ; des « martyrs patriotiques » qui se sont « sacrifié pour notre liberté », avait affirmé le cardinal Zen.

Le cardinal est par ailleurs connu pour avoir protesté, à de nombreuses reprises, contre l’Accord secret entre la Chine et le Saint-Siège, accord provisoire et secret signé pour deux ans en septembre 2018, prolongé en 2020, et qui devrait être renouvelé en septembre prochain. Les autorités communistes, en arrêtant le cardinal Zen, ont donc visé un double symbole : le défenseur des libertés démocratiques et le défenseur des libertés de l’Église.

Après l’arrestation de l’évêque émérite de Hong Kong, le Vatican a réagi immédiatement, mais avec prudence diplomatique : « Le Saint-Siège a appris avec inquiétude la nouvelle de l’arrestation du cardinal Zen et suit de très près l’évolution de la situation. » Quelques heures plus tard, le cardinal Zen et les trois anciens administrateurs arrêtés avec lui ont été relâchés contre le versement d’une caution financière. La procédure engagée contre eux sera néanmoins poursuivie.

 

Yves Chiron est l'auteur de différents ouvrages et brochures consacrés à l'Église en Chine :
À la rencontre l’Église de Chine, Éditions Nivoit, 2018
À Whenzou avec les catholiques chinois, Éditions Nivoit, 2018.
La Longue marche des catholiques de Chine, Artège, 2019.
Retour à Hong Kong, Éditions Nivoit, 2019.

 

 

 

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