La pause liturgie | Communion Circuibo (12e dimanche ordinaire, 6e dimanche après la Pentecôte)

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

La pause liturgie | Communion Circuibo (12e dimanche ordinaire, 6e dimanche après la Pentecôte)

J’entourerai l’autel et j’immolerai dans son sanctuaire un sacrifice d’allégresse ; je chanterai et dirai un psaume au Seigneur.
(Psaume 26, 6)

Thème spirituel : le sacrifice de la louange

Ce chant de communion fait partie des pièces qui nous parlent du bonheur d’habiter dans la maison du Seigneur.C’est d’ailleurs l’un des thèmes de ce beau psaume 26 (27 selon l’hébreu) qui proclame explicitement cette joie en ses verset 4 et 5, juste avant le texte de notre communion : « Une chose qu'à Yahvé je demande, la chose que je cherche, c'est d'habiter la maison de Yahvé tous les jours de ma vie, de savourer la douceur de Yahvé, de rechercher son palais. Car il me réserve en sa hutte un abri au jour de malheur ; il me cache au secret de sa tente, il m'élève sur le roc. »

Que veut dire habiter la maison du Seigneur ? Au sens littéral, l’auteur de ce psaume étant sans doute prêtre de l’ancienne alliance, cela veut dire qu’il souhaite vivre et demeurer dans l’enceinte du temple, sans s’éloigner jamais de ce lieu qui possède la présence divine de façon privilégiée. Cette interprétation résonne évidemment dans le cœur des moines qui ont choisi de passer toute leur vie à l’ombre du cloître, dans le silence et la solitude, tout près du Seigneur. Mais ce chant de communion s’adresse à tous les fidèles, et tous sont invités à désirer ardemment ce grand bonheur d’être avec Dieu. Il faut donc chercher une autre interprétation qui, sans nuire aucunement à la précédente, puisse s’appliquer à tous. Or, précisément, le fait que ce soit un chant de communion, nous met sur la piste. Bien sûr, on peut dire que l’église de pierre qui accueille en son enceinte l’assemblée des fidèles, appartient à chacun et à chacune. On ne saurait trop inviter les chrétiens à venir reposer leur âme et déposer leur fardeau dans la pénombre rafraîchissante d’une église. Il y a dans nos églises de campagne ou même de ville, un silence qui évoque le silence du paradis. Là, nous faisons l’expérience d’un silence apaisant, d’un silence éloquent qui nous parle de la présence agissante de Dieu dans notre âme. Dans ce climat de silence, dans cette pénombre lumineuse, nos yeux peuvent se fixer sur la beauté cachée qui est celle de l'Eucharistie et qui détient le secret de toute l’humanité, de la nôtre en particulier.

Mais on peut aller plus loin, car enfin, nous ne pouvons pas vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans une église… Mais il existe un autre temple susceptible d’être habité en permanence par le Seigneur et par nous même : c’est le temple de notre âme, bien sûr. C’est là que le sacrifice de louange qu’évoque notre communion peut résonner sans interruption devant le Seigneur. Et ce sacrifice de louange, ce chant de l’âme, ce psaume inspiré, c’est notre vie elle-même. Notre âme est une église, notre corps est un temple, notre cœur est un autel. Personne ne peut nous empêcher de chanter, de louer, d’aimer. La communion renouvelle précisément la présence de Dieu dans notre vie, alors que nos péchés ont pu ternir cette relation qui nous unit à l’hôte divin qui réside en nous.

Commentaire musical

La communion circuíbo est un 6ème mode transposé : sa finale est Do au lieu de Fa. Mais ce 6ème mode n’apparaît en fait qu’au début de la deuxième phrase, avec le Si naturel de cantábo. La première phrase, elle, est plutôt dans l’atmosphère d’un 8ème mode, avec sa plénitude caractéristique.

L’intonation est large, appuyée, épanouie, dilatée. L’intervalle Do-Sol la fait plonger au grave et cette quarte ainsi que les deux tierces suivantes (Sol-Sib et Sib-Ré) confèrent d’emblée à la pièce une profondeur, du relief. Les deux mots suivants (et immolábo), traités en passage syllabique, sont plus légers, avec les deux accents (tonique et secondaire) de immolábo bien soulevés, ce qui apporte une nuance de joie simple, ajoutée au bonheur plus profond de circuíbo. Après une nouvelle quarte descendante Do-Sol, sur la petite conjonction in, la mélodie se déploie avec beaucoup de grâce et de chaleur sur les mots tabernáculo ejus. La tristropha de tabernáculo sur le Fa aigu, traduit bien le bonheur de l’âme, pleinement goûté, d’habiter le temple de Dieu. La mélodie de ejus, déployée autour du Mi, est très aérienne, très joyeuse. Et la joie triomphe et emporte l’âme littéralement sur le mot hóstiam qui va atteindre le sommet de toute la pièce. Ce mot qui désigne à la fois l’Eucharistie et l’offrande de toute la vie du psalmiste ou de l’interprète, est vraiment plein d’enthousiasme, et cet enthousiasme se poursuit sur le long mot jubilatiónis, mettant en pleine lumière cette belle expression « hostie de jubilation » qui pourrait être une définition du chrétien et plus encore du Christ lui-même.

La deuxième phrase est plus grave, plus calme, beaucoup plus réservée, mais joyeuse encore. Le chant qu’elle exprime est davantage un chant intérieur, profond, le chant du recueillement après la manifestation lyrique de la joie. La joie chrétienne a deux dimensions et ces deux dimensions sont nécessaires : elle est intime parce que le bien souverain est présent à l’âme qui aime ; et elle est sociale, elle doit se répandre, parce qu’on ne garde pas pour soi un tel trésor. C’est un peu le message de ces deux phrases en contraste. Il faut donc quand même faire passer beaucoup de plénitude dans ces mots cantábo, et psalmum dicam qui traduisent le bonheur intime de l’âme devant son Seigneur. La pièce se termine justement sur le nom du Seigneur, en une cadence en 6ème mode toute simple et bien nette, très joyeuse, permettant de lancer le verset de psaume, durant la procession de communion.

Pour écouter cet antienne : ici.

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