Ordinations : un lien fort entre les prêtres et leurs vases sacrés

Rédigé par Marie Lagylus le dans Religion

Ordinations : un lien fort entre les prêtres et leurs vases sacrés

Le mois de juin est traditionnellement dédié aux ordinations sacerdotales. À cette occasion, les nouveaux prêtres reçoivent ordinairement un calice et une patène afin de célébrer chaque jour la Sainte Messe. Retour sur l’usage de ces vases sacrés : leur fonction, leur dignité qu’accompagne un rituel de consécration, ainsi que leur entretien. 

 

Les vases sacrés désignent les objets destinés à recevoir le corps du Christ :

Le calice (du latin calix, la coupe) se compose d’un pied, d’une tige avec un nœud pour assurer une bonne prise en main et d’une coupe. Symbole du lien entre Dieu et les hommes, entre l’ancienne et la nouvelle alliance, il contient le Sang du Christ sous l’apparence du vin. 
La patène (du latin patena, le plat creux) est une petite assiette sur laquelle repose le Corps du Christ sous l’apparence du pain. Elle forme un ensemble avec le calice qu’elle recouvre. 
Le ciboire (du latin ciborium, la coupe) est un grand vase surmonté d’un couvercle, contenant les hosties consacrées au tabernacle.
La custode (du latin custos, le gardien) consiste en une petite boîte ronde en métal précieux servant à porter l’Eucharistie aux malades. 
Enfin, la lunule (du latin lunula, la petite lune) est un récipient transparent contenant la grande hostie pour l’exposer dans l’ostensoir au moment de l’adoration. 

 

Leur dignité

En signe de respect pour Notre-Seigneur, ces récipients doivent être constitués d’une matière solide, non-poreuse et inaltérable : « Les vases sacrés seront en métal noble. S’ils sont faits d´un métal susceptible de rouiller ou qui soit moins noble que l´or, ils seront normalement dorés à l´intérieur » (Présentation Générale du Missel Romain de 2022, n°328). En effet, depuis le Concile Vatican II, ils ne sont plus exclusivement faits d’or ou d’argent par un orfèvre.  

L’instruction Redemptionis sacramentum de 2004 précise en ce sens que : « célébrer la Messe avec n’importe quel vase d’usage quotidien ou plus commun, est expressément réprouvé, en particulier s’il s’agit d’objets dépourvus de toute qualité artistique, ou de simples corbeilles, ou encore de récipients en verre, en argile, en terre cuite ou en d’autres matières, qui se brisent facilement » (n°117).

Pourtant beaucoup s’interrogent sur la nécessité d’une telle richesse car le Christ n’a certainement pas utilisé de vase d’or ou d’argent le soir du Jeudi Saint. Mais « rien n’est assez précieux pour contenir le sang du Christ » rappelle le Saint Curé d’Ars !

Le calice et la patène tiennent d’ailleurs une place à part car le sacrifice non-sanglant du Christ se reproduit précisément sur ces objets. De fait, « pour célébrer la messe, on honore tout spécialement les vases sacrés et, parmi eux, le calice et la patène dans lesquels le vin et le pain sont offerts, consacrés et consommés. » (PGMR n°327).

 

La consécration du calice et de la patène

Jusqu’au VIIIème siècle, le calice et la patène devenaient sacrés lorsqu’une messe était célébrée avec pour la première fois. Depuis, ils sont consacrés par l’évêque, c’est-à-dire « séparés du reste des objets de la vie de tous les jours » précise l’Abbé de Massia (FSSP), tandis que les autres vases sont seulement bénis. Cependant, après la réforme liturgique de 1969, le calice et la patène peuvent être uniquement bénis sans Saint Chrême, et cette tâche peut être déléguée à un prêtre. « Tant qu’ils ne sont pas bénis ou consacrés, [le calice et la patène] sont impropres à la messe » ajoute le Chanoine Jestin (ICRSP). 

L’ancien Pontifical romain précise à ce sujet dans la rubrique De patenae et calicis consecratione que l’évêque doit faire une onction en forme de croix avec le Saint Chrême à l’intérieur de la patène, puis du calice en prononçant les paroles suivantes : « Conse + crare, et sancti + ficare digneris, Domine Deus, Patenam hanc/Calicem hunc per istam unctionem » et plus loin : « ut per nostram bene + dictionem hos vasculum et Patena sanctificentur, et Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi novum sepulcrum Sancti Spiritus gratia efficiantur », c’est-à-dire « Daignez, Seigneur Dieu consacrer et sanctifier cette Patène/ce Calice par cette onction […] pour que par notre bénédiction ce calice et cette patène soient sanctifiées, et pour qu’au Corps et au Sang de Notre-Seigneur-Jésus-Christ, un nouveau sépulcre puisse être érigé grâce au Saint-Esprit ».  

De plus, dans le rite de l’ordination sacerdotale, les mains du prêtre sont consacrées. D’abord ointes par l’huile des catéchumènes dans l’ancien rite, elles touchent ensuite le calice contenant de l’eau et du vin ainsi que la patène contenant une hostie pendant que l’évêque prononce ces paroles : « Recevez le pouvoir d’offrir à Dieu le sacrifice de célébrer la messe, tant pour les vivants que pour les morts ». Ce geste, appelé "porrection des instruments", symbolise le lien entre le prêtre et son calice. 

« C’est l’un des moments forts de l’ordination sacerdotale car il signifie le lien très étroit qu'il y a entre le prêtre et la messe » souligne l’Abbé de Massia (FSSP).  En effet, avant même d’enseigner le catéchisme, « le prêtre est fait pour offrir le Saint Sacrifice de la messe, c’est son rôle avant tout » précise-t-il. C’est pourquoi les objets consacrés doivent être entourés d’un très grand respect. « De même que l’autel est consacré, le prêtre lui-même est consacré c’est-à-dire qu’il ne sert plus qu’à Dieu, il n’est plus que pour Dieu » ajoute-t-il encore.

 

L’entretien d’un vase sacré

Le calice et la patène nécessitent une attention très particulière. Si l’or disparaît il faut faire redorer l’intérieur, sans pour autant les consacrer de nouveau. Le vase peut également faire l’objet d’une exécration, c’est-à-dire perdre de fait sa consécration : lorsqu’il est tellement abîmé qu’il ne peut plus servir au sacrifice (par exemple s’il est percé), quand il est employé pour un usage inconvenant (un blasphème), ou lorsqu’il est publiquement exposé ou vendu. Dans ce cas, il faut le faire reconsacrer par l’évêque. Cependant, lorsqu’il ne peut plus servir, le calice peut être restauré ou refondu. 

Le prêtre possède habituellement son propre calice et sa patène parfois gravés à son nom, souvent un cadeau de la famille ou des proches. Lorsqu’il meurt, ces objets sont confiés à l’évêché. « Le sort d’un calice est de rester attaché à son église » indique le Chanoine Jestin (ICRSP). « Cependant s’il appartient au prêtre il peut revenir à l’univers familial ou être remis à l’évêché qui le tient à disposition des paroisses ou des jeunes prêtres ordonnés » ajoute-t-il.

 

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