Rencontre avec deux écrivains : Natalia Samnartin et Jean Manuel de Prada

Rédigé par Philippe Maxence le dans Culture

Rencontre avec deux écrivains : Natalia Samnartin et Jean Manuel de Prada

Samedi dernier avait lieu à Madrid une rencontre littéraire de haut niveau entre deux romanciers catholiques : Natalia Sanmartin Fenollera et Juan Manuel de Prada. Réunis par le Conseil des études hispaniques Philippe II (Consejo de Estudios Hispánicos Felipe II), les deux écrivains ont échangé sous la houlette du professeur de droit constitutionnel Miguel Ayuso, avec la complicité de l’abbé José Ramon Garcia Gallardo.

L’Homme Nouveau a publié en avril dernier (n° 1564) un entretien avec Natalia Sanmartin Fenollera à propos de son roman L’Éveil de mademoiselle Prim (Grasset). Un premier roman qui a rencontré un succès mondial et qui, tout en finesse, contient plusieurs niveaux de lecture que l’auteur s’est plu à expliquer samedi dernier, à Madrid.

Face à la modernité

Derrière la romance d’une histoire d’amour, Natalia Sanmartin Fenollera aborde, en fait, les thèmes de l’éducation, de la vie sociale, de la théologie, en faisant appel à un grand nombre d’auteurs anglo-saxons et en mettant en avant la voie de la beauté et de la contemplation. Elle n’a pas caché, devant ses auditeurs, que son héros, l’intelligente et très féminine mademoiselle Prim, lui a permis de lancer une « déclaration de guerre à la modernité ». Ce sont bien les bases de la civilisation occidentale qu’elle entend faire vivre et aimer dans ce roman que des critiques trop pressés (pour ne pas dire plus) n’ont absolument pas compris.

À vrai dire, en voyant, ce soir-là, Natalia Sanmartin Fenollera expliquer sa démarche, défendre son roman, on reste étonné devant le contraste saisissant entre la force de ses convictions, la fermeté de son propos, l’aisance de son intervention et son aspect frêle, comme si cette jeune journaliste de la presse économique (groupe El País), qui n’hésite pas à réciter son bénédicité devant ses collègues incroyants, d’abord interloqués et finalement respectueux, s’était égarée sur un champ de bataille. Ce samedi, à Madrid, les yeux brillants d’intelligence, un large sourire aux lèvres, parlant avec passion et sans notes, Natalia Sanmartin Fenollera a laissé le rire prendre sa place aux milieux des combats.

De son côté, le grand romancier espagnol qu’est Juan Manuel de Prada (sur lequel L’Homme Nouveau reviendra prochainement) apparaissait comme un géant, bien à sa place dans cette guerre qui oppose le christianisme au monde moderne. Dans l’entretien qu’il nous a accordé avant cette séance publique, Prada nous confiait qu’il se sentait d’ailleurs plus héritier de Léon Bloy que de son filleul, Jacques Maritain…

Deux univers romanesques

À Madrid, ce soir-là, le contraste entre deux romanciers espagnols n’était pas seulement physique. Tout semble séparer Natalia Sanmartin Fenollera de Juan Manuel de Prada. Leurs univers romanesques sont aux antipodes. La jeune femme a écrit un roman où la conversion, non dite, mais fortement suggérée, passe par la découverte des bases de la culture occidentale, par l’aspiration au beau, le souhait de sortir des dilemmes des effets de la modernité. Des solutions plus sociales sont également esquissées, par elle, avec la mise en avant du recours à des formes de vie respectueuses des rythmes de vie et par la référence au distributisme de G.K. Chesterton et de Hilaire Belloc. De son côté, Juan Manuel de Prada ausculte la face sombre de l’âme humaine, le déchaînement du mal, la perdition qui en résulte, tout en s’interrogeant constamment sur les raisons qui ont conduit une société chrétienne à l’origine (l’Espagne) à s’effondrer aussi rapidement, en tombant dans la déchéance.

Unité par le haut

Ce contraste entre deux univers romanesques et entre deux écrivains était au cœur de la rencontre de ce samedi, à Madrid. Mais ce contraste (qui va jusqu’aux différences de solutions politiques) n’est pas à exagérer non plus. Derrière leurs différences, réelles et parfois également complémentaires, Natalia Sanmartin Fenollera et Juan Manuel de Prada représentent deux faces du catholicisme, tout en restant unis par le haut dans leur refus de la modernité (laquelle s’est construite en opposition radicale au catholicisme). Loin de tomber dans le règne totalitaire de l’univocité ou dans la tromperie de l’équivocité, les œuvres de ces deux romanciers permettent de saisir la force du bien tout autant que la réalité de la nature déchue par le péché originel. Le réel existe bien mais c’est sa complexité qui souvent nous échappe parce que nous tentons de l’enfermer dans notre intelligence quand nous ne nous laissons pas aller à l’imaginer alors qu’il faudrait que notre intelligence entre en adéquation avec lui par le biais de la contemplation.

L’Espagne, qui connaît aujourd’hui une situation en bien des points pire que celle de la France, a su susciter des anticorps. Il faut remercier Miguel Ayuso, la revue Verbo et le Consejo de Estudios Hispánicos Felipe II d’organiser de telles rencontres. 

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