Trois regards sur l'encyclique Laudato Si

Rédigé par Agathe du Boullay le dans Religion

Trois regards sur l'encyclique Laudato Si

Le 18 juin 2015, la Conférence des évêques de France (CEF) conviait Monseigneur Jean-Luc Brunin, évêque du Havre, Elena Lasida, chargée de mission à Justice et Paix France et Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète, afin de présenter la nouvelle encyclique du Pape François Laudato Si sur la sauvegarde de la « Maison commune ».

Portée universelle et ecclésiale

Mgr Jean-Luc Brunin, également Président du Conseil Famille et Société de la CEF, dans sa présentation de l’encyclique, a montré ses dimensions universelle et ecclésiale. Car, après Benoît XVI dans Caritas in veritate, le Pape François a désiré adresser un message à l’ensemble des hommes en raison des enjeux actuels de l’écologie. Sans nier la portée de l’écologie environnementale, le Pape met en avant le principe d’écologie intégrale qui donne son vrai sens aux débats politiques et économiques sur ce sujet. Le Saint-Père se place volontairement sur un plan éthique et non en scientifique et exhorte tous les hommes à avoir le souci des plus pauvres, à respecter la nature et à rechercher la paix. Il réhabilite ainsi le concept de bien commun afin que l’homme le serve au travers de la nature. L’encyclique Laudato Si a aussi une dimension ecclésiale puisque le Pape affirme qu’il y a une façon chrétienne d’habiter son territoire qui vient directement de la relation de l’homme à Dieu. Il reprend ainsi l’idée qu’il avait déjà exprimée dans Evangelii Gaudium selon laquelle la foi ne doit pas se cantonner dans la sphère privée. De fait, il exhorte à une dilatation de la charité à l’ensemble de l’ordre du créé avec la conviction que toute réflexion philosophique ou théologique demeurera abstraite si elle ne se présente pas de nouveau dans le contexte actuel « en ce qu’il a d’inédit pour l’histoire de l’humanité ». Ainsi, l’accent est mis sur la volonté du Saint-Père de repartir des situations concrètes afin d’apporter un regard d’espérance, une « bonne nouvelle ».

Écologie intégrale

Elena Lasida a quant à elle fait valoir la nouveauté des propos du Pape dont elle a dégagé trois axes principaux. D’abord, le Saint-Père explique que l’écologie ne peut être pensée sans rapport à l’économie, à la politique, à la culture, à Dieu, etc. Il manifeste ainsi la dimension relationnelle que doit avoir l’écologie et propose ainsi une nouvelle définition de l’environnement qui est une relation entre la nature et la société. Ce pivot donne lieu au concept d’écologie intégrale, qui appelle à la responsabilité de chacun de construire notre « maison commune » ensemble. La nature est l’œuvre du Créateur, donnée à l’homme comme une aide et non comme un instrument. Le Saint-Père, par cette notion, appelle à la conversion écologique car cette Terre commune est à reconstruire en justice, mais aussi à louer. Enfin, il veut considérer l’interdépendance entre la fragilité de la Terre et celle de la vie humaine. Le Pape François incite au dialogue entre la religion et la science mais aussi entre la politique et l’écologie intégrale.

Le regard d'un laïc

Nicolas Hulot, enfin, a commencé par remercier le Pape, « ambassadeur inespéré », pour son encyclique. C’est un texte « puissant et éclairant qui donne ses lettres de noblesse au problème de l’écologie ». En effet, le Saint-Père, avec son concept d’écologie intégrale, replace l’enjeu de l’environnement à sa juste place, notamment en appelant à l’humilité, à la solidarité et à la responsabilité de chaque homme. Cette encyclique est une « feuille de route qui doit être sérieusement prise en compte par les gouvernements, qui trop souvent agissent en vue de leurs intérêts personnels ou nationaux ». Par ailleurs, le Pape situe bien le problème en disant qu’actuellement la fin et les moyens sont intervertis et que, plus que traiter des effets, il était temps d’agir au niveau des causes. Les moyens humains et éthiques que recommande le Saint-Père ont particulièrement touché l’envoyé spécial du Président, en particulier lorsqu’il invite à responsabiliser les hommes par l’exercice de la vertu et par l’amour du prochain. Reste que, bien que Nicolas Hulot loue l’écologie intégrale que propose le Pape, il refuse de se prononcer sur des questions telles que l’avortement qui, pourtant, font partie de cette pensée du Saint-Père puisqu’il nous rappelle que l’écologie intégrale commence par le respect de la vie humaine sous toutes ses formes.

Le refus de débat de la part de Nicolas Hulot face à la question de l’avortement est une incohérence largement partagée qui voudrait que le respect de la vie ne s’applique qu’à certains êtres et pas à d’autres. Elle témoigne du long chemin qui reste encore à parcourir car, si beaucoup de personnalités et médias se sont vite réjouis de la publication de celui qu’ils aiment appeler le « Pape vert », ils devront voir que ce vert se teinte aussi des couleurs du respect de toute vie, même à naître, malade ou vieillissante. Fût-ce en contradiction avec le libéralisme moral qu’ils chérissent.

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