Le Pape François en Ouganda

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Le Pape François en Ouganda

Le Pape François vient de se rendre en Ouganda visité par tous les papes depuis Paul VI hormis bien sûr Jean-Paul Ier. Là se trouve le sanctuaire des martyrs Charles Lwanga et ses 21 compagnons canonisés par Paul VI en 1964. L’Afrique du Nord, où le christianisme avait été si florissant, était tombée dans le giron de l’Islam à la suite de nombreuses querelles internes. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’Afrique fut de nouveau évangélisée grâce aux nombreux missionnaires fidèles à la force de l’Esprit Saint qui les avait conduits « jusqu’aux extrémités de la terre », selon la Parole du Seigneur à ses Apôtres juste avant de repartir pour le Ciel (cf. le livre des Actes des Apôtres). C’est précisément en partant de cette phrase que le Pape commence son homélie. D’emblée, comme Paul VI en 1964, il rappelle qu’il y eut aussi des martyrs anglicans, ce qui souligne la fécondité œcuménique du martyre. On le sait : martyre et témoin sont le même mot en grec. Le don de sa vie en union avec le Sacrifice du Christ pour témoigner de sa foi est toujours précieux aux yeux de Dieu. Le martyre est une mort dans l’Esprit Saint, le grand Acteur de notre sainteté qui n’est que l’épanouissement de la grâce du baptême. Et l’âge n’y fait rien. Comme sainte Agnès, les martyrs de l’Ouganda étaient des enfants ou de très jeunes adolescents.

Témoigner de la vraie foi s’avère capital pour l’Église d’aujourd’hui. Et, en des temps imbus de relativisme et de syncrétisme, ce témoignage passe bien souvent par le martyre. Les martyrs du XXe siècle ne se comptent plus, et tout porte à croire que le XXIe siècle en connaîtra beaucoup. La persécution n’a jamais manqué à l’Église, en raison du fait que le témoignage de la Croix est incontournable pour un chrétien. Comme les martyrs, nous devons raviver en nous la foi par une fidélité aux dons du Saint-Esprit. Chaque chrétien doit être missionnaire en rejoignant tous les hommes là où ils se trouvent. Pour le Pape, être missionnaire, c’est aussi défendre la vie et protéger la Création. On n’insistera jamais assez sur la défense de la vie. Quand on tue un enfant dans le sein de sa mère, sait-on si l’on ne va pas tuer quelqu’un qui aurait été un saint martyr précisément ? De toute façon, la vie n’appartient qu’à Dieu et, remarquons-le ici, le martyre n’est un acte bon et rédempteur que du côté de la victime. Du côté du bourreau, il demeurera toujours un assassinat. Comme Jean-Paul II l’avait demandé à tous les chrétiens des pays qu’il visitait, par exemple en France à Lyon, le Pape François demande à nouveau aux Ougandais de ne jamais dilapider l’héritage des martyrs. En versant leur sang en libation, ils ont, à la suite du Christ, transformé le monde, selon l’adage de Tertullien : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens ». Un héritage si précieux ne doit pas être conservé dans un musée. De tout temps, l’Église a honoré ses martyrs, comme en témoignent les reliques enchâssées dans les autels et que baise le célébrant dès le commencement de la messe. Et si la grâce ne nous appelle pas au martyre sanglant, du moins nous appelle-t-elle tous au martyre du terrible quotidien par la charité et l’évangélisation de nos voisins, de nos camarades de travail ou de tous ceux que nous côtoyons au sein même de la société. Le Pape reprend là la grande idée de Pie XI : « l’évangélisation par le milieu ». Puisse la Reine des martyrs intercéder pour une nouvelle Pentecôte. Puisse l’Épouse de l’Esprit Saint allumer en tous le feu de l’amour divin afin qu’il puisse se propager de proche en proche.

L'homélie du Pape :

« Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1 8).

Depuis l’âge apostolique jusqu’à nos jours, un grand nombre de témoins est sorti pour proclamer Jésus et manifester la puissance de l’Esprit Saint. Aujourd’hui, nous rappelons avec gratitude le sacrifice des martyrs ougandais, dont le témoignage d’amour pour le Christ et son Église a justement rejoint «les extrémités de la terre». Nous rappelons aussi les martyrs anglicans, dont la mort pour le Christ rend témoignage à l’œcuménisme du sang. Tous ces témoins ont cultivé le don de l’Esprit Saint dans leur vie et ont librement donné le témoignage de leur foi en Jésus Christ, même au prix de leur vie, et beaucoup dans un si jeune âge.

Nous aussi, nous avons reçu le don de l’Esprit, pour nous faire fils et filles de Dieu, mais aussi pour porter témoignage à Jésus et le faire connaître et aimer en tout lieu. Nous avons reçu l’Esprit lorsque nous sommes renés dans le Baptême, et lorsque nous avons été fortifiés par ses dons dans la Confirmation. Chaque jour, nous sommes appelés à approfondir la présence de l’Esprit Saint dans notre vie, à «raviver» le don de son amour divin de façon à être à notre tour source de sagesse et de force pour les autres.

Le don de l’Esprit Saint est un don qui est donné pour être partagé. Il nous unit les uns aux autres comme fidèles et membres vivants du Corps mystique du Christ. Nous ne recevons pas le don de l’Esprit seulement pour nous-mêmes, mais pour nous édifier les uns les autres dans la foi, dans l’espérance et dans l’amour. Je pense aux saints Joseph Mkasa et Charles Lwanga, qui, après avoir été instruits dans la foi par les autres, ont voulu transmettre le don qu’ils avaient reçu. Ils l’ont fait dans des temps dangereux. C’est non seulement leur vie qui a été menacée, mais aussi la vie des plus jeunes confiés à leurs soins. Puisqu’ils avaient cultivé leur foi et avaient fait grandir leur amour pour Dieu, ils n’ont pas eu peur de porter le Christ aux autres, même au prix de leur vie. Leur foi est devenue témoignage ; aujourd’hui, vénérés comme martyrs, leur exemple continue d’inspirer beaucoup de personnes dans le monde. Ils continuent à proclamer Jésus Christ et la puissance de la Croix.

Si, comme les martyrs, nous ravivons chaque jour le don de l’Esprit qui habite en nos cœurs, nous deviendrons alors certainement ces disciples-missionnaires que le Christ nous appelle à être. Pour nos familles et nos amis sûrement, mais aussi pour ceux que nous ne connaissons pas, spécialement pour ceux qui pourraient être peu bienveillants et même hostiles à notre égard. Cette ouverture envers les autres commence dans la famille, dans nos maisons, où on apprend la charité et le pardon, et où dans l’amour de nos parents, on apprend à connaître la miséricorde et l’amour de Dieu. Elle s’exprime aussi dans le soin envers les personnes âgées et les pauvres, les veuves et les orphelins.

Le témoignage des martyrs montre à tous ceux qui ont écouté leur histoire, à l’époque et aujourd’hui, que les plaisirs mondains et le pouvoir terrestre ne donnent pas une joie et une paix durables. C’est plutôt la fidélité à Dieu, l’honnêteté et l’intégrité de la vie et l’authentique préoccupation pour le bien des autres qui nous apportent cette paix que le monde ne peut offrir. Cela ne diminue pas notre souci de ce monde, comme si nous regardions seulement vers la vie future. Au contraire, cela offre un but à la vie en ce monde et nous aide à rejoindre ceux qui sont dans le besoin, à coopérer avec les autres pour le bien commun et à construire une société plus juste, qui promeut la dignité humaine, sans exclure personne, qui défend la vie, don de Dieu, et protège les merveilles de la nature, la Création, notre maison commune.

Chers frères et sœurs, c’est l’héritage que vous avez reçu des martyrs ougandais : des vies marquées par la puissance de l’Esprit Saint, des vies qui témoignent encore aujourd’hui du pouvoir transformant de l’Évangile de Jésus Christ. On ne s’approprie pas cet héritage comme un souvenir de circonstance ou en le conservant dans un musée comme si c’était un joyau précieux. Nous l’honorons vraiment et nous honorons tous les Saints, lorsque plutôt nous portons le témoignage qu’ils ont rendu au Christ dans nos maisons et à nos voisins, dans nos lieux de travail et dans la société civile, soit que nous restions dans nos maisons ou que nous nous rendions jusqu’au coin le plus reculé du monde.

Puissent les martyrs ougandais, avec Marie, Mère de l’Église, intercéder pour nous, et puisse l’Esprit Saint allumer en nous le feu de l’amour divin !

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