L'appel du Pape à chercher qui est notre prochain

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

L'appel du Pape à chercher qui est notre prochain

Poursuivant ses audiences sur la miséricorde, le Pape a commenté ce mercredi 27 avril la parabole du bon Samaritain propre à saint Luc. De tout temps, cette parabole inspira théologiens et maîtres spirituels. Elle demeure parmi les paraboles les plus appréciées, car elle touche par sa beauté, tout en traitant de la question fondamentale qui se pose à tout homme : « Que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ? » Le scribe, docte es science sacrée, connaissait la réponse d’avance, car elle était contenue dans l’Ecriture. Aussi, lorsque Jésus lui répond par le commandement d’amour dans ses deux dimensions, cherche-t-il à se justifier en demandant qui est son prochain. Même si Jésus ne donne pas l’interprétation de cette parabole, le sens en fut toujours très clair pour toute la Tradition de l’Église : le bon Samaritain, c’est le Christ lui-même et à sa suite l’Église ; le voyageur, c’est Adam et à sa suite tout homme pécheur. Jérusalem représente le Paradis, tandis que Jéricho représente le monde au sens johannique et paulinien du terme, le monde dont le prince est Satan. Les voleurs sont les démons et leurs suppôts humains. Les prêtres représentent la Loi ancienne, tandis que l’hôtel représente la Loi nouvelle confiée à l’Église et dans laquelle on entre et on reste par les sacrements. Les deux pièces d’argent ont été considérées par certains comme les deux Testaments. Quant au retour du bon Samaritain, l’unanimité des Pères y a vu le retour du Christ lors de la parousie finale.

Le prêtre et la confession

Mais ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans l’homélie du Pape, c’est son interprétation personnelle au regard de notre époque. Tout d’abord, en parlant du prêtre et du lévite, il rappelle que le rapport culte et charité ne se fait pas automatiquement. À l’instar des prophètes, il sensibilise son auditoire sur le culte intérieur et non purement extérieur. Comme saint François de Sales, il demande aux prêtres d’être toujours disponibles à porter la miséricorde spécialement en entendant les confessions, alors même que celles-ci bousculent leur horaire : gagner des âmes, les sauver et les délivrer du démon importe par dessus tout, car avant d’être savant ou rubriciste, le prêtre est « un autre Christ » qui compatit à la misère humaine et lui ouvre les portes du Ciel. Pour cela, il doit être, à l’image de son maître, doux et humble de cœur. On peut connaître toute la Bible, toutes les rubriques du missel, toute sa théologie et ne pas aimer, ne pas compatir à la souffrance d’autrui que l’on doit toujours considérer comme Dieu lui-même. Souvenons-nous du jugement dernier dans l’Évangile selon saint Matthieu.

Dans sa parabole, Jésus oppose à l’indifférence du prêtre et du lévite, l’amour compatissant d’un samaritain à l’égard de l’homme blessé. Or, les samaritains étaient particulièrement méprisés par les juifs. Ce samaritain aussi était sans doute très occupé. Pourtant, il s’arrête, car il est touché de compassion, c’est-à-dire ému jusqu’aux entrailles, selon l’image hébraïque du sein maternel. Telle est la caractéristique essentielle de la miséricorde. À ce sujet, souvenons-nous de l’épisode biblique du jugement de Salomon. La vraie mère compatit tellement que ses entrailles sont bouleversées à la pensée que son fils pourrait être coupé en deux par le sabre d’une justice implacable. La fausse mère, quant à elle, n’éprouve aucune compassion. Que Marie refuge des pécheurs nous aide à parcourir notre chemin vers le Ciel à l’exemple du Bon Samaritain qui, loin de « classifier les autres pour voir qui est le prochain et qui ne l’est pas », se fait le prochain de tous.

Le discours du Pape

Nous réfléchissons aujourd’hui sur la parabole du bon samaritain (cf. Lc 10, 25-37). Un docteur de la Loi met à l’épreuve Jésus, avec cette question : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (v. 25). Jésus lui demande de donner lui-même la réponse, et celui-ci la donne parfaitement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même » (v. 27). Jésus conclut alors : « Fais ainsi et tu vivras » (v. 28).

Alors, cet homme pose une autre question, qui devient très précieuse pour nous : « Et qui est mon prochain ? » (v. 29), en sous-entendant : « Mes parents ? Mes concitoyens ? Ceux de ma religion ?... ». En somme, il veut une règle claire qui lui permette de classifier les autres entre les « prochains » et les « non-prochains », entre ceux qui peuvent devenir prochains et ceux qui ne peuvent pas devenir prochains.

Et Jésus répond par une parabole, qui met en scène un prêtre, un lévite et un samaritain. Les deux premiers sont des figures liées au culte du temple ; le troisième est un juif schismatique, considéré comme un étranger, païen et impur, c’est-à-dire le samaritain. Sur la route de Jérusalem, à Jéricho, le prêtre et le lévite rencontrent un homme à moitié mort, que des brigands ont attaqué, dérobé et abandonné. Dans une telle situation, la Loi du Seigneur prévoyait l’obligation de lui porter secours, mais tous deux passent leur chemin sans s’arrêter. Ils étaient pressés... Sans doute le prêtre a-t-il regardé sa montre et a dit : « Je vais arriver en retard à la messe... Je dois dire la messe ». Et l’autre a dit : « Je ne sais pas si la Loi me le permet, parce qu’il y a du sang ici, et je serai impur... ». Ils changent de chemin et ne s’approchent pas. Ici, la parabole nous offre un premier enseignement : celui qui fréquente la maison de Dieu et connaît sa miséricorde ne sait pas automatiquement aimer son prochain. Ce n’est pas automatique ! Tu peux connaître toute la Bible, tu peux connaître toutes les rubriques liturgiques, tu peux connaître toute la théologie, mais connaître ne signifie pas automatiquement aimer : aimer est un autre chemin, il faut de l’intelligence, mais aussi quelque chose en plus... Le prêtre et le lévite voient, mais ignorent ; ils regardent, mais ne prévoient pas. Pourtant, il n’existe pas de véritable culte si celui-ci ne se traduit pas en service au prochain. Ne l’oublions jamais : face à la souffrance de tant de personnes épuisées par la faim, par la violence et par les injustices, nous ne pouvons pas demeurer spectateurs. Ignorer la souffrance de l’homme, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie ignorer Dieu ! Si je ne m’approche pas de cet homme, de cette femme, de cet enfant, de cette homme âgé ou de cette femme âgée qui souffre, je ne m’approche pas de Dieu.

En accord avec le cœur de Dieu

Mais venons-en au cœur de la parabole : le samaritain, c’est-à-dire précisément celui qui est méprisé, celui sur lequel personne n’aurait rien parié, et qui, par ailleurs, avait lui aussi ses occupations et des choses à faire, quand il vit l’homme blessé, ne passa pas son chemin, comme les deux autres, qui étaient liés au Temple, mais « il fut saisi de compassion » (v. 33). L’Évangile dit : « Il fut saisi de compassion », c’est-à-dire que son cœur, ses entrailles se sont émus ! Voilà la différence. Les deux autres « virent », mais leur cœur demeura fermé, froid. En revanche, le cœur du samaritain était en accord avec le cœur même de Dieu. En effet, la « compassion » est une caractéristique essentielle de la miséricorde de Dieu. Dieu a de la compassion pour nous. Qu’est-ce que cela veut dire ? Il souffre avec nous, il sent nos souffrances. Compassion signifie : « souffrir avec ». Le verbe indique que les entrailles s’émeuvent et tressaillent à la vue du mal de l’homme. Et dans les gestes et dans les actions du bon samaritain, nous reconnaissons l’action miséricordieuse de Dieu dans toute l’Histoire du salut. C’est la même compassion avec laquelle le Seigneur vient à la rencontre de chacun de nous: Il ne nous ignore pas, il connaît nos douleurs, il sait combien nous avons besoin d’aide et de réconfort. Il vient près de nous et ne nous abandonne jamais. Que chacun de nous se pose la question et réponde dans son cœur : « Est-ce que j’y crois ? Est-ce que je crois que le Seigneur a de la compassion pour moi, tel que je suis, pécheur, avec beaucoup de problèmes et tant de choses ? ». Pensons à cela et la réponse est : « Oui ! ». Mais chacun doit regarder dans son cœur pour voir s’il a la foi dans cette compassion de Dieu, du Dieu bon qui s’approche, nous guérit, nous caresse. Et si nous le refusons, Il attend : Il est patient et Il est toujours à nos côtés.

Le samaritain se comporte avec une véritable miséricorde : il panse les blessures de cet homme, le porte jusqu’à une auberge, en prend soin personnellement et se charge de son assistance. Tout cela nous enseigne que la compassion, l’amour, n’est pas un vague sentiment, mais signifie prendre soin de l’autre jusqu’à payer de sa personne. Cela signifie se compromettre en accomplissant tous les pas nécessaires pour « s’approcher » de l’autre jusqu’à s’identifier à lui : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Voilà le commandement du Seigneur.

Ayant conclu la parabole, Jésus renverse la question du docteur de la Loi et lui demande : « Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » (v. 36). La réponse est finalement sans équivoque : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui » (v. 37). Au début de la parabole, pour le prêtre et le lévite, le prochain était le mourant ; au terme de celle-ci, le prochain est le samaritain qui s’est fait proche. Jésus renverse la perspective : ne cherche pas à classifier les autres pour voir qui est le prochain et qui ne l’est pas. Tu peux devenir le prochain de toute personne que tu rencontres qui est dans le besoin, et tu le seras dans ton cœur si tu as de la compassion, c’est-à-dire si tu as la capacité de souffrir avec l’autre.

Cette parabole est un merveilleux cadeau pour nous tous, mais elle est aussi exigeante ! À chacun de nous, Jésus répète ce qu’il dit au docteur de la Loi : « Va, et toi aussi, fais de même » (v. 37). Nous sommes tous appelés à parcourir le même chemin que le bon samaritain, qui est la figure du Christ : Jésus s’est penché sur nous, il est devenu notre serviteur, et ainsi, il nous a sauvés, afin que nous aussi, nous puissions nous aimer comme Il nous a aimés, de la même façon.

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