Le Pape se fait grand chantre de l'espérance

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Le Pape se fait grand chantre de l'espérance
Les Hébreux chassés de la Terre Promise

À la suite de Benoît XVI, lors de l'audience du 7 décembre, le Pape François se fait le grand chantre de l’espérance qui pour lui découle tout naturellement de sa foi en la miséricorde divine. On comprend alors que notre époque qui achoppe sur la miséricorde, mette du même coup aux oubliettes la vertu d’espérance pourtant si fondamentale qu’elle rejoint presque la foi, comme on le lit dans la première épître de Pierre III, 15 : « Soyez toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous ». Benoît XVI utilisait fréquemment une version qui remplaçait dans ce texte l’espérance par la foi. C’est pourquoi, après avoir parlé longuement de la miséricorde durant les catéchèses de l’année jubilaire, le pPape entame une nouvelle série consacrée à l’espérance, qu’il ne faut pas confondre avec l’optimisme béat qui détruit alors que l’espérance au contraire construit.
Notre époque, et les papes le savent, ressent un besoin urgent de retrouver l’espérance chrétienne. Dans son encyclique Spe salvi, Benoît XVI renvoyait à sa sainte préférée sainte Joséphine Bakhita ; le Pape François, pour sa part, remonte plus haut dans le temps en commentant le début du livre de la consolation d’Isaïe qui concerne la période historique de l’Exil. Alors que celui-ci se prolonge, les exilés ressentent l’impression que Dieu, malgré ses promesses, les a oubliés. Aussi le prophète réaffirme-t-il avec force que c’est vers Dieu seul qu’il faut se tourner, et non vers les idoles qui ne sont que néants. Le prophète élargit alors les perspectives en indiquant les destinées splendides auxquelles Dieu appelle son peuple, malgré l’épreuve actuelle qui d’ailleurs touche à sa fin. Le Pape voit en ce texte un réconfort donné non seulement à Israël, mais encore à chacun de nous pour que nous puissions cheminer avec Dieu et son amour indéfectible. L’espérance véritable est ainsi intimement liée à la proximité de Dieu qui nous conduit vraiment par la main jusqu’au but final qui n’est autre que lui-même. Pour cela, Dieu se fait mère en nous consolant et en nous annonçant la fin de nos tribulations, car, comme dit saint Paul, « elle passe la figure de ce monde ». Cette présence de Dieu à nos côtés revêt la plus grande importance, car nous marchons dans un véritable désert dans lequel nous rencontrons non seulement Dieu, mais aussi le diable. Pour bien comprendre la grandeur et la force de la vertu d’espérance, nous devons nous rappeler, avec le Pape, ce que fut l’Exil pour les Hébreux. Il ne s’agissait plus seulement de passer par le désert et la nuit, comme le fit Abraham. Il s’agissait de déserter, au sens étymologique du terme. Pour comprendre la souffrance de l’exil, il faut comprendre ce que représentait pour un juif la disparition des signes habituels de l’Alliance : plus de prophète, plus de Temple, plus de roi davidique, plus de terre. Et Dieu, qui avait dit qu’il chérissait Israël comme sa vigne, se montrait absent et se taisait.

Il en va de même pour un chrétien, pour qui la vie apparaît souvent comme un vendredi saint. Le Christ lui-même, et dès sa naissance, a été signe de contradiction, en ne parlant pas, Lui qui est la Parole même de Dieu. Mais l’enfant nous fait sourire et redonne espoir en nous aidant à reprendre la route. Marchons donc avec l’Enfant Jésus qui est annoncé par le Baptiste qui nous demande de préparer les voies au Seigneur. La théologie du chemin est simple et profonde. Parcourons cette route avec Marie et tous les saints bibliques de l’Avent et de Noël, pour transformer notre désert et notre exil en autoroute de l’espérance.

L'audience du Pape

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. C’est très important, parce que l’espérance ne déçoit pas. L’optimisme déçoit, l’espérance non! Nous en avons tant besoin, en ces temps qui paraissent obscurs, dans lesquels nous sommes parfois égarés devant le mal et la violence qui nous entourent, devant la douleur de tant de nos frères. Il faut de l’espérance! Nous nous sentons égarés et même un peu découragés, parce que nous sommes impuissants et il nous semble que cette obscurité ne finira jamais.

Mais il ne faut pas laisser l’espérance nous abandonner, parce que Dieu, avec son amour, marche avec nous. « J’espère, parce que Dieu est à mes côtés » : cela, nous pouvons tous le dire. Chacun de nous peut dire : « J’espère, j’ai de l’espérance, parce que Dieu marche à mes côtés ». Il marche et me tient par la main. Dieu ne nous laisse pas seuls. Le Seigneur Jésus a vaincu le mal et nous a ouvert la voix de la vie.

C’est pourquoi, en particulier en ce temps de l’Avent, qui est le temps de l’attente, au cours duquel nous nous préparons à accueillir une fois de plus le mystère réconfortant de l’Incarnation et la lumière de Noël, il est important de réfléchir sur l’espérance. Laissons le Seigneur nous enseigner ce que signifie espérer. Écoutons donc les paroles de l’Écriture Sainte, en commençant par le prophète Isaïe, le grand prophète de l’Avent, le grand messager de l’espérance.

Dans la deuxième partie de son livre, Isaïe s’adresse au peuple avec une annonce de consolation :

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,
Parlez au cœur de Jérusalem
et criez-lui que son service est accompli,
que sa faute est expiée [...] ».
Une voix crie :
« Dans le désert, frayez le chemin de Yahvé ;
dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
Que toute vallée soit comblée,
toute montagne et toute colline abaissées,
que les lieux accidentés se changent en plaine
et les escarpements en large vallée ;
alors la gloire de Yahvé se révélera
et toute chair, d’un coup, la verra,
car la bouche de Yahvé a parlé »
(40, 1-2.3-5).

Dieu le Père console en suscitant des consolateurs, auxquels il demande de réconforter le peuple, ses fils, en annonçant que leur épreuve est terminée, que leur douleur est finie et que leur péché a été pardonné. C’est cela qui guérit le cœur affligé et effrayé. C’est pourquoi le prophète demande de préparer la voie au Seigneur, en s’ouvrant à ses dons et à son salut.

La consolation, pour le peuple, commence avec la possibilité de marcher sur la voie de Dieu, une voie nouvelle, rendue droite et pouvant être parcourue, une voie à préparer dans le désert, afin de pouvoir le traverser et de revenir dans sa patrie. Parce que le peuple auquel le prophète s’adresse vivait la tragédie de l’exil à Babylone, et à présent, en revanche, il s’entend dire qu’il pourra retourner sur sa terre, à travers une route rendue commode et large, sans vallée ni montagne qui rendent le chemin fatigant, une route aplanie dans le désert. Préparer cette route veut donc dire préparer un chemin de salut et de libération de tout obstacle et empêchement.

Ouvrir son cœur à la foi

L’exil avait été un moment dramatique dans l’histoire d’Israël, quand le peuple avait tout perdu. Le peuple avait perdu sa patrie, sa liberté, sa dignité, et aussi sa confiance en Dieu. Il se sentait abandonné et sans espérance. Au contraire, voici l’appel du prophète qui rouvre le cœur à la foi. Le désert est un lieu dans lequel il est difficile de vivre, mais c’est précisément là que l’on pourra à présent marcher pour retourner non seulement dans sa patrie, mais revenir à Dieu, et recommencer à espérer et à sourire. Quand nous sommes dans l’obscurité, dans les difficultés, nous n’avons pas envie de sourire, et c’est précisément l’espérance qui nous enseigne à sourire pour trouver cette route qui conduit à Dieu. L’une des premières choses qui arrivent aux personnes qui se détachent de Dieu est que ce sont des personnes sans sourire. Peut-être sont-elles capables d’éclats de rire, elles en font l’un après l’autre, une blague, un éclat de rire... Mais il manque le sourire! Seule l’espérance donne le sourire : c’est le sourire de l’espérance de trouver Dieu.

La vie est souvent un désert, il est difficile de marcher dans la vie, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir belle et large comme une autoroute. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, il suffit de continuer à croire, toujours, malgré tout. Quand nous trouvons devant un enfant, peut-être pouvons-nous avoir beaucoup de problèmes et de difficultés, mais nous avons en nous le sourire, parce que nous sommes face à l’espérance : un enfant est une espérance! Et ainsi, nous devons savoir voir dans la vie le chemin de l’espérance qui nous conduit à trouver Dieu, Dieu qui s’est fait Enfant pour nous. Et cela nous fera sourire, cela nous donnera tout!

Ces paroles d’Isaïe sont ensuite précisément utilisées par Jean-Baptiste dans sa prédication qui invitait à la conversion. Il disait : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3, 3). C’est une voix qui crie là où il semble que personne ne puisse écouter – mais qui peut écouter dans le désert? –, qui crie dans l’égarement dû à la crise de la foi. Nous ne pouvons pas nier que le monde d’aujourd’hui vit une crise de la foi. On dit : « Je crois en Dieu, je suis chrétien » – « Je suis de cette religion... ». Mais ta vie est bien loin d’être chrétienne ; elle est bien loin de Dieu! La religion, la foi, est tombée dans une expression : « Est-ce que je crois? » – « Oui! ». Mais ici, il s’agit de revenir à Dieu, de convertir le cœur à Dieu et d’aller sur cette route pour le trouver. Il nous attend. Telle est la prédication de Jean-Baptiste : préparer. Préparer la rencontre avec cet Enfant qui nous redonnera le sourire. Quand Jean-Baptiste annonce la venue de Jésus, c’est comme si les Israélites étaient encore en exil, parce qu’ils sont sous la domination romaine, qui les rend étrangers dans leur propre patrie, gouvernés par des occupants puissants qui décident de leurs vies. Mais la véritable histoire n’est pas celle faite par les puissants, mais celle faite par Dieu avec ses petits. La véritable histoire – celle qui restera pour l’éternité – est celle qu’écrit Dieu avec ses petits : Dieu avec Marie, Dieu avec Jésus, Dieu avec Joseph, Dieu avec les petits. Ces petits et simples que nous trouvons autour de Jésus qui naît : Zacharie et Elisabeth, âgés et frappés par la stérilité, Marie, jeune fille vierge promise en mariage à Joseph, les pasteurs, qui étaient méprisés et qui ne comptaient pas. Ce sont les petits, rendus grands par leur foi, les petits qui savent continuer à espérer. Et l’espérance est la vertu des petits. Les grands, les satisfaits, ne connaissent pas l’espérance ; ils ne savent pas ce que c’est.

Ce sont eux, les petits avec Dieu, avec Jésus, qui transforment le désert de l’exil, de la solitude désespérée, de la souffrance, en une route aplanie sur laquelle marcher pour aller à la rencontre de la gloire du Seigneur. Et nous venons au fait : laissons-nous enseigner l’espérance. Attendons avec confiance la venue du Seigneur, et quel que soit le désert de nos vies – chacun sait dans quel désert il marche – il deviendra un jardin fleuri. L’espérance ne déçoit pas!

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