Les prêtres doivent être proches de Dieu et de leurs prochains

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Les prêtres doivent être proches de Dieu et de leurs prochains

Comme l’avaient fait déjà ses deux prédécesseurs immédiats, le Pape François a prononcé devant les séminaristes des Pouilles le 10 décembre un autre discours que celui qu’il avait préparé, préférant leur livrer des paroles qui proviennent du plus profond de son cœur de père et de pasteur. L’abondance du cœur touche souvent davantage les auditeurs que des paroles froides d’un texte écrit. Il est vrai que le sujet abordé méritait bien une confidence intime du pape. Déjà Jean-Paul II, dans sa lettre du Jeudi saint 1979, avait remarqué que « la pleine reconstitution de la vie des séminaires dans toute l'Église serait le test le meilleur de la réalisation du renouveau vers lequel le Concile a orienté l'Église ».

Comme toujours quand il parle du cœur, le Pape prend des exemples parlants et vécus. Ici, il s’appuie sur la figure de sœur Bernadette d’Argentine devenue une mère spirituelle pour de nombreux séminaristes. En rendant hommage à cette sœur morte à la tâche, le Pape entend remercier également tous ceux qui s’adonnent d’une façon ou d’une autre à la formation des futurs prêtres et préparent ainsi ces derniers à vivre plus pleinement leur vie sacerdotale. En effet, le séminaire est le lieu idoine pour former les saints prêtres, car l’ordination qui fait du prêtre un autre Christ pousse inexorablement celui-ci vers les cimes de la sainteté. On connaît la phrase de Mamma Marguerite à son fils Don Bosco : « si tu veux être prêtre, c’est pour être un saint, sinon arrête tout de suite ». Plus encore que celle du chrétien, la vie du prêtre doit être féconde, parce vie donnée pour Dieu et pour les autres, en étant fidèle au « terrible quotidien » (Pie XI) avec « courage, force et tendresse » (Pape François). Et le Pape en réfère encore une fois à la mémoire ecclésiale. On ne se sauve jamais seul, mais en famille et le rôle de la mémoire est de nous rattacher à une tradition ancestrale, en l’occurrence à la grande lignée des saints prêtres.

La nécessité de la proximité

Le Pape développe la nécessité de la proximité : avec Dieu qui doit être toujours le premier servi, mais aussi avec les frères. Un prêtre qui s’éloigne de son troupeau se trouve dans l’incapacité complète de livrer à ses ouailles le message de Jésus et de leur communiquer sa tendresse miséricordieuse. Cette proximité requiert de la patience. Malgré les labeurs d’une journée harassante, le prêtre ne doit jamais craindre la fatigue car il est pour l’éternité « un homme mangé ». Cette proximité devient avec Jésus une voie royale. Pour y rester, il faut non seulement ne jamais fermer la porte à Jésus, mais encore s’alimenter de lui et de sa présence. Le Pape invite alors ses auditeurs à fréquenter souvent le tabernacle. Notre époque reste peu encline à le faire et cela s’avère gravement dommageable car au tabernacle, « nous avisons Dieu en même temps qu’il nous avise ». Nous ne devrions jamais laisser seul le Seigneur au tabernacle lieu d’adoration et de prière fervente si du moins elle se réalise toujours dans l’Esprit Saint qui est, hélas, le grand méconnu de la vie spirituelle. Au séminaire, les futurs prêtres apprennent à grandir dans la prière, à connaître la vie spirituelle, à vivre ensemble en faisant l’expérience de la charité fraternelle et aussi en étudiant la doctrine catholique. Grâce à ces quatre points fondamentaux, les séminaristes apprendront le vrai zèle apostolique. Le pape termine comme il a commencé par un exemple éloquent, mais cette fois général : le bon prêtre est celui qui sait décrocher son téléphone pour répondre à l’exemple de Marie aux demandes, voir aux exigences de ses frères dans la foi qui sont ses brebis.

Le discours du Pape

Je vous rencontre avec joie et je vous salue, vous tous qui formez la communauté du Séminaire pontifical régional des Pouilles « Pie XI », accompagnés des évêques de la Région. Je remercie le recteur pour ses aimables paroles, et je vous salue spécialement, chers séminaristes qui, grâce à Dieu, êtes nombreux.

Je voudrais reprendre brièvement avec vous ce que j’ai dit pendant l’Assemblée des évêques italiens, au printemps dernier, sur l’identité et le ministère des prêtres. En cette occasion j’ai décrit le ministère des prêtres à travers une triple appartenance : au Seigneur, à l’Église, au Royaume. Une telle appartenance, naturellement, ne s’improvise pas, ne naît pas après l’ordination si auparavant – justement pendant les années du Séminaire – elle n’a pas été cultivée, entretenue, poussée à grandir avec attention et sens des responsabilités. Voilà pourquoi aujourd’hui je voudrais profiter de votre visite pour reprendre cette réflexion, que j’estime importante même pour les jeunes séminaristes qui sont en train de se préparer à devenir prêtres.

Avant tout, le mot « appartenance » contient l’idée de se sentir partie d’un tout. Pendant les années de séminaire, nous avancerons bien seulement si nous nous sentons comme faisant partie du Christ, de l’Église et du Royaume. Pour tout comprendre il faut lever le regard, arrêter de penser que je suis le tout de ma vie. Le premier obstacle à dépasser est donc le narcissisme. C’est la tentation la plus dangereuse. Non, tout ne commence et finit avec moi, je peux et je dois regarder au-delà de moi-même, jusqu’à me rendre compte de la beauté et de la profondeur du mystère qui m’entoure, de la vie qui me dépasse, de la foi en Dieu qui soutient chaque chose, chaque personne et même moi. Comment pourrais-je me rendre compte du Christ, si mon unique préoccupation est de me sauver, de m’épargner, de sortir indemne dans toutes les circonstances ? Comment pourrais-je m’enthousiasmer dans l’aventure de la construction du Règne de Dieu, si tous les enthousiasmes sont freinés par la peur de perdre quelque chose de moi ? Pendant ce temps liturgique de l’Avent, qui fait fortement résonner l’invitation du Seigneur à la vigilance, nous sommes invités à être vigilant sur le risque réel d’être narcissiques, parce que sans cette vigilance aucun chemin de vocation n’est réellement possible.

Des hommes de relation

Ensuite, appartenir signifie aussi savoir entrer en relation. Il faut se préparer à être par-dessus tout des hommes de relation. Avec le Christ, avec les frères avec lesquels nous partageons le ministère et la foi, avec toutes les personnes que nous rencontrons dans la vie. Savoir bien vivre les relations commence au séminaire ! On ne peut pas penser avancer vers le sacerdoce sans avoir pris cette décision dans son cœur : je veux être un homme de relation. Que ce soit la première attention pendant ces années, le premier objectif de la formation. Je peux vérifier réellement, petit à petit, pendant que les années passent et que l’ordination se rapproche, si je progresse dans cette dimension : si ma capacité relationnelle est en train de grandir, si elle est en train de mûrir. La construction de la communauté qu’un jour vous devrez conduire en tant que prêtre, commence dans la vie de tous les jours au séminaire, soit entre vous, soit avec les personnes que vous rencontrez sur votre chemin. Ne vous sentez pas différents de vos contemporains, ne croyez pas que vous êtes meilleurs que les autres jeunes, apprenez à être avec tous, n’ayez pas peur de vous salir les mains. Pour être demain des prêtres qui vivent au milieu du peuple saint de Dieu, commencez aujourd’hui à être des jeunes qui savent demeurer avec tous, qui savent apprendre quelque chose de chaque personne qu’ils rencontrent, avec humilité et intelligence. C’est la base de toutes les relations qui est la relation avec le Christ : au fur et à mesure que vous le connaissez, que vous l’écoutez, que vous vous liez à lui dans la confiance et dans l’amour, faites vôtre son amour, mettez-le dans vos rapports avec les autres, devenez des « canaux » de l’amour à travers votre maturité relationnelle. Le lieu où grandit la relation avec le Christ est la prière, et le fruit le plus mûr de la prière c’est toujours la charité.

Enfin, l’appartenance est confrontée à son opposé, qui est l’exclusion, la mise à l’écart. Celui qui grandit dans l’appartenance au Christ découvre en lui le regard qui se tourne vers tous : dans son style de vie, comment peut-il être quelqu’un qui exclut ? Commencez par la vie commune que vous avez au séminaire : quelqu’un est exclu ? quelqu’un reste en marge ? Votre appartenance au Christ vous demande d’aller à sa rencontre, de le mettre au centre, de l’aider à se sentir lui aussi membre de la communauté. Au fur et à mesure que vous grandissez dans le sens de l’appartenance à l’Église et que vous goûtez la beauté de la fraternité, sachez vous demander à vous-mêmes d’accomplir l’effort du pardon, dans les petites et grandes choses. Si rien dans la vie ne nous exclut du regard miséricordieux du Seigneur, alors pourquoi donc notre regard devrait-il exclure quelqu’un ?

Je sais que vous êtes un grand séminaire, visité par la grâce du Seigneur par beaucoup de vocations. Cette abondance est aussi une responsabilité. Il faut être attentif à la qualité du chemin de formation, le nombre ne suffit pas. Pour cela, afin que vous puissiez toujours avancer dans une bonne qualité de formation, je vous assure de ma prière en vous remerciant de votre visite. Et vous aussi, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

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