Ancrés dans l'espérance à la suite de saint Paul

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Ancrés dans l'espérance à la suite de saint Paul

À l’approche de la Pentecôte, le Pape François a profité de l’audience générale du 31 mai pour méditer sur les liens unissant l’Esprit Saint et l’espérance. Partant d’un passage où saint Paul, (Rom. chap. 5), fait remarquer que la vraie paix alimente la vraie joie, il note que cette joie n’est pas seulement la joie des biens éternels, mais aussi la joie des aspérités du temps, car un trésor de joie en nous transfigure nos épreuves. Cette joie est source d’espérance. Celle-ci ne trahit pas car elle provient directement de la charité que Dieu a pour nous et qui a été versée dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Oui, la charité de Dieu qui est l’Esprit Saint se verse dans nos cœurs comme un parfum vivant, exquis, liquide et qui enveloppe toute notre âme. Dans l’Épître aux Hébreux, l’espérance apparaît comme une ancre qui donne à la barque toute sa sécurité. Ailleurs l’espérance est comparée à une voile qui permet à l’Esprit Saint de souffler pour guider jusqu’au port de l’éternité la petite barque de notre âme et le vaisseau amiral de l’Église, selon la vision de Don Bosco. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espérance et l’Esprit Saint est précisément celui qui donne la vie.

Sauvés en espérance

Saint Paul montre ainsi que l’espérance devient invincible pour tous ceux qui, mettant leur confiance dans l’unique Rédempteur, se savent déjà « sauvés en espérance ». Le même saint Paul attribue à l’Esprit Saint cette faculté de surabonder en espérance, c’est-à-dire de ne jamais se décourager ni à plus forte raison désespérer, mais au contraire d’espérer comme Abraham et comme Marie « contre toute espérance ». Mais il faut aller encore plus loin. Non seulement l’Esprit Saint nous permet d’espérer contre toute espérance, mais il fait de nous des semeurs d’espérance et de miséricorde. L’un de ses rôles principaux est de consoler et donc aussi de rendre les consolés consolateurs et d’en faire par là même des semeurs d’espérance. Et l’on retrouve toujours ici les deux voies qui sont offertes à tout chrétien : celle du bon zèle ou celle du mauvais zèle. Le chrétien peut répandre l’huile de l’espérance toujours unie à la charité ou bien le vinaigre de l’amertume qui sème la zizanie et répand le poison de la diffamation. Et s’appuyant sur le bienheureux cardinal Newman, le Pape montre que si de par nous-mêmes nous ne sommes capables que de pécher et d’offenser Dieu et le prochain, avec le Saint Esprit et comme lui nous pouvons être avocats, consolateurs, assistants et porteurs d’espérance et de miséricorde en devenant des réconforts pour notre prochain, grâce à notre charité.

Mais, dans la ligne du chapitre 8 des Romains, le Pape nous montre qu’il nous faut aller encore plus loin. Non seulement l’Esprit Saint nourrit l’espérance des hommes, mais il nourrit encore l’espérance de toute la création désagrégée par le péché. Beaucoup voient dans cette affirmation un relent de teilhardisme. En réalité c’est le pur enseignement de saint Paul qui parle de la création en gémissements dans l’attente du monde nouveau. Jean-Paul II prolongea l’enseignement par une invitation à respecter toute la création. Rappelons-nous aussi le message essentiel de Laudato si’. Pour bien comprendre cela, souvenons-nous que l’Écriture nous présente la Rédemption comme une nouvelle création et que l’Esprit Saint qui planait à l’origine sur les eaux est le don merveilleux de la Rédemption accomplie par le Christ. Puisse la Reine de la création et l’associée du Christ dans la Rédemption nous faire comprendre tout cela !

Le discours du Pape

À l’approche de la solennité de la Pentecôte, nous ne pouvons manquer de parler de la relation qui existe entre l’espérance chrétienne et l’Esprit Saint. L’Esprit est le vent qui nous pousse en avant, qui nous maintient en chemin, nous fait sentir pèlerins et étrangers, et qui ne nous permet pas de nous reposer et de devenir un peuple « sédentaire ».

La Lettre aux Hébreux compare l’espérance à une ancre (cf. 6, 8-19) ; et nous pouvons ajouter à cette image celle de la voile. Si l’ancre est ce qui donne à la barque sa sécurité et qui la maintient « ancrée » au gré des ondes de l’eau, la voile est en revanche ce qui la fait marcher et avancer sur les eaux. L’espérance est véritablement comme une voile ; elle recueille le vent de l’Esprit Saint et le transforme en force motrice qui pousse la barque, selon les cas, au large ou vers le rivage.

L’apôtre Paul conclut sa Lettre aux Romains par ce vœu : écoutez bien, écoutez bien ce beau vœu : « Que le Dieu de l’espérance vous donne en plénitude dans votre acte de foi la joie et la paix, afin que l’espérance surabonde en vous par la vertu de l'Esprit Saint » (15, 13). Réfléchissons un peu sur le contenu de ces très belles paroles.

La joie de l'espérance

L’expression « Dieu de l’espérance » ne veut pas seulement dire que Dieu est l’objet de notre espérance, c’est-à-dire Celui que nous espérons atteindre un jour dans la vie éternelle ; cela veut dire aussi que Dieu est Celui qui dès à présent nous fait espérer, nous confère même « la joie de l’espérance » (Rm 12, 12) : joyeux à présent d’espérer, et pas seulement espérer d’être joyeux. C’est la joie d’espérer et ne pas espérer d’avoir la joie, dès aujourd’hui. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir », dit un dicton populaire ; et le contraire est également vrai : tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie. Les hommes ont besoin d’espoir pour vivre et ont besoin de l’Esprit Saint pour espérer.

Saint Paul – avons-nous entendu – attribue à l’Esprit Saint la capacité même « de surabonder dans l’espérance ». Surabonder dans l’espérance signifie ne jamais se décourager ; cela signifie espérer « contre toute espérance » (Rm 4, 18), c’est-à-dire espérer également quand toute raison humaine d’espérer vient à manquer, comme ce fut le cas d’Abraham quand Dieu lui demanda de lui sacrifier son fils unique, Isaac, et comme ce fut plus encore le cas pour la Vierge Marie sous la croix de Jésus.

L’Esprit Saint rend possible cette espérance invincible en nous apportant le témoignage intérieur que nous sommes fils de Dieu et ses héritiers (cf. Rm 8, 16). Comment Celui qui nous a donné son Fils unique pourrait-il ne pas nous donner toute autre chose avec Lui ? (cf. Rm 8, 32). « L’espérance, frères et sœurs, ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné » (Rm 5, 5). C’est pourquoi elle ne déçoit pas, parce que l’Esprit Saint est en nous et nous pousse à aller de l’avant, toujours ! Et c’est pour cela que l’espérance ne déçoit pas.

Être semeurs d'espérance

Ce n’est pas tout : l’Esprit Saint ne nous rend pas seulement capables d’espérer, mais également d’être semeurs d’espérance, d’être nous aussi, comme Lui et grâce à Lui, des « paraclets », c’est-à-dire des consolateurs et des défenseurs de nos frères, des semeurs d’espérance. Un chrétien peut semer des amertumes, peut semer des perplexités, et cela n’est pas chrétien, et ceux qui font cela ne sont pas de bons chrétiens. Il sème l’espérance : il sème l’huile de l’espérance, et non pas le vinaigre de l’amertume et du désespoir. Le bienheureux cardinal Newman, dans l’un de ses discours, disait aux fidèles : « Instruits par notre souffrance même, par notre douleur même, et même par nos propres péchés, nous aurons l’esprit et le cœur rompus à toute œuvre d’amour envers ceux qui en ont besoin. Nous serons, dans la mesure de nos capacités, consolateurs à l’image du Paraclet – c’est-à-dire de l’Esprit Saint –, et dans tous les sens que ce terme comporte : avocats, assistants, porteurs de réconfort. Nos paroles et nos conseils, notre façon de faire, notre voix, notre regard, seront doux et tranquillisants » (Parochial and Plain Sermons, vol. V, Londres 1870, pp. 300s.). Et ce sont surtout les pauvres, les exclus, ceux qui ne sont pas aimés qui ont besoin de quelqu’un qui se fasse pour eux « paraclet », c’est-à-dire consolateur et défenseur, comme l’Esprit Saint le fait avec chacun de nous, qui sommes ici sur cette place, consolateur et défenseur. Nous devons faire la même chose avec les nécessiteux, avec ceux qui sont mis au rebut, avec ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui souffrent le plus. Défenseurs et consolateurs !

L’Esprit Saint nourrit l’espérance non seulement dans le cœur des hommes, mais également dans toute la création. L’apôtre Paul dit – cela semble un peu étrange, mais c’est vrai – que la création également « attend ardemment » la libération et « gémit en travail d’enfantement » comme les douleurs d’un accouchement (cf. Rm 8, 20-22). « L’énergie capable de mettre le monde en mouvement n’est pas une force anonyme et aveugle, mais l’action de “l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux” (Gn 1, 2) au début de la création » (Benoît XVI, Homélie, 31 mai 2009). Cela aussi nous pousse à respecter la création : on ne peut salir un tableau sans offenser l’artiste qui l’a créé.

Frères et sœurs, que la fête prochaine de la Pentecôte – qui est l’anniversaire de l’Église – nous trouve unis dans la prière, avec Marie, la Mère de Jésus et notre mère. Et que le don de l’Esprit Saint nous fasse surabonder dans l’espérance. Je vous dirais plus : qu’elle nous fasse déborder d’espérance pour tous les plus nécessiteux, les plus rejetés, et pour tous ceux qui en ont besoin.

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