Les Coptes, un peuple chrétien martyr

Rédigé par Daniel Hamiche le dans Religion

Les Coptes, un peuple chrétien martyr

Qui sont les Coptes, victimes régulières du terrorisme islamiste ? Il s'agit de l’un des plus anciens peuples chrétiens qui mérite que nous le connaissions mieux. Retour sur uen histoire qui parcourt les siècles.

Hout Ka Ptha ! Le « sanctuaire de l’âme (Ka) de Ptha » : tel était le nom du prestigieux temple dédié au dieu Ptah à Inebou Hedj (Memphis) capitale de l’Ancien Empire (- 2700 à - 2200 avant J.-C.). Les Mycéniens, ancêtres des Grecs de la période classique, transcrivirent, dans leur écriture syllabique, Hout Ka Ptha en Ai-ku-pi-ti-jo qui devint en grec classique, vers le VIIIe siècle avant notre ère, Aiguptios pour signifier : Égyptien. À partir du grec, les envahisseurs ­arabo-musulmans du VIIe siècle nommèrent l’Égyptien qpt, mot qui passa en Europe sous la forme de copte.

Ethniquement parlant, les Coptes sont donc les Égyptiens qui descendent de l’ancienne population des temps pharaoniques. On estime qu’ils sont issus à 85 % de cette antique souche. Du point de vue religieux, les Coptes sont les Égyptiens de confession chrétienne.

La venue de saint Marc

Selon une tradition rapportée par Eusèbe de Césarée au IVe siècle, Marc, l’évangéliste et le disciple de Pierre, après avoir travaillé aux côtés de Paul à Rome, quitta l’Italie pour se rendre en Égypte où il fonda en 47 une première communauté chrétienne. Elle deviendra, à son retour d’Orient en 61, l’Église d’Alexandrie dont il sera le premier évêque : il subira le martyre en 68. Malgré les vicissitudes – persécutions, influence des courants gnostiques, schismes… –, l’Église se développe : on ne compte pas moins de cent diocèses en Égypte au IVe siècle, où l’on prêche, où l’on enseigne et où l’on célèbre la liturgie en copte, langue populaire proche de l’égyptien ancien, le démotique, mais écrite avec des caractères grecs. Au siècle précédent s’était également amorcé le monachisme qui, même si d’autres formes de monachisme apparurent simultanément en Palestine et en Syrie, se développa avec une telle intensité qu’il « éclipsa » les autres.

Entendant redresser les erreurs christologiques du deuxième « concile » d’Éphèse de 449 (non reconnu par les catholiques comme par les orthodoxes), et de ses errements monophysites (la nature humaine avait cessé d’exister comme telle dans le Christ, en étant assumée par sa Personne divine de Fils de Dieu), le quatrième concile œcuménique de Chalcédoine fut convoqué et se tint du 8 octobre au 1er novembre 451 en présence de 343 évêques. La « profession de foi » du concile fut contestée par le patriarche Dioscore d’Alexandrie qui fut déposé, ce qui entraîna le refus de toutes les décisions du concile par l’Église d’Alexandrie et le schisme dit monophysite – on préfère, aujourd’hui, parler de miaphysisme pour distinguer la doctrine hérétique condamnée au concile de Chalcédoine, de celle professée par les Églises dites des trois conciles qui comptent aujourd’hui environ 60 millions de fidèles.

Deux branches

L’Église d’Alexandrie se divisa en deux branches après le concile de Chalcédoine.

La plus importante en nombre alors et encore aujourd’hui, est l’Église copte orthodoxe – non chalcédonienne et autocéphale. Son primat actuel depuis 2012 est Théodore (Tawadros) II qui porte le titre de pape d’Alexandrie, patriarche de toute l’Afrique et du siège de saint Marc. Par la Formule christologique du 12 février 1988, approuvée par les Églises coptes orthodoxe et catholique, la controverse christologique semble en partie surmontée. Les deux Églises se sont, en effet, accordées sur la définition suivante : « Nous croyons que notre Seigneur, Dieu et Sauveur, Jésus-Christ, le Verbe Incarné est parfait dans Sa Divinité et parfait dans Son Humanité. Il fit Son Humanité Une avec Sa Divinité, sans mélange, sans amalgame, sans confusion. Sa Divinité n’a pas été séparée de Son Humanité à un seul instant, même pas le temps d’un clin d’œil. » L’Église copte orthodoxe compterait au moins, selon les sources ecclésiales, entre 13 et 15 millions de fidèles en Égypte, dont un demi-million dans la diaspora. C’est, en nombre, la plus grande Église de tout le Proche-Orient.

L’Église grecque orthodoxe d’Alexandrie, qui a son siège dans cette ville depuis 1811, a, quant à elle, rassemblé la minorité chalcédonienne. Elle est demeurée en lien avec l’Église byzantine (patriarcat œcuménique de Constantinople) et elle est de rite byzantin depuis le XIIe siècle. Ce Patriarcat grec orthodoxe d’Alexandrie et de toute l’Afrique revendique 500 000 fidèles sur ce continent mais n’en aurait que 18 000 en Égypte. Son patriarche, Nicholas Horeftakis, né en Crète en 1954, est Théodore (Theodoros) II depuis 2004 (à ne pas confondre avec le Théodore II de l’Église copte orthodoxe…).

Rome ne ménagea pas ses efforts, à partir du XIIIe siècle, pour restaurer l’union avec les Coptes. On signale toujours la tentative d’union qui eut lieu lors du XVIIe concile œcuménique Bâle-Ferrare-Florence-Rome (1431-1445), auquel était présente une délégation des Coptes d’Égypte, et le décret d’Eugène IV de 1439 de réunion entre Rome et, notamment, l’Église d’Alexandrie, mais tout cela resta lettre morte. Toutefois, il faut encore signaler deux autres tentatives de Rome : lors du concile orthodoxe de Memphis (Le Caire) en 1582, puis en 1814.

Un vicariat apostolique

Le pape Benoît XIV érigea dès 1741 un vicariat apostolique pour les Coptes catholiques, puis le pape Léon XIII par sa lettre apostolique Christi Domini du 26 novembre 1895, rétablit le Patriarcat d’Alexandrie des Coptes catholiques et érigea trois diocèses (éparchies) placés sous le gouvernement de Kyrillos Macaire qui fut institué patriarche le 19 juin 1899, sous le nom de Kyrillos II. L’actuel patriarche d’Alexandrie des Coptes est, depuis 2013, Ibrahim Isaac Sidrak. L’Église copte catholique compte désormais sept diocèses avec 175 prêtres diocésains et 80 Pères franciscains. Elle compte environ 200 000 fidèles en Égypte et 60 000 dans la diaspora.

Pour achever ce bref survol des Coptes égyptiens, signalons l’existence de l’Église évangélique copte – ou Église évangélique d’Égypte-Synode du Nil – communauté protestante de tendance presbytérienne née de l’activité de missionnaires étatsuniens en Égypte au XIXe siècle. D’abord unie à la Presbyterian Church des États-Unis, elle en est officiellement indépendante depuis 1958. Avec ses quelque 250 000 fidèles revendiqués, elle est aujourd’hui la plus importante communauté protestante du Proche-Orient. Neuf autres dénominations chrétiennes protestantes rassembleraient, pour leur part, un total d’environ 130 000 fidèles.

Pour aller plus loin, lire ou relire notre hors-série n° 18 Proche-Orient – Ces catholiques persécutés, 68 p., 7 €.

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