Toujours la République du Panthéon

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Toujours la République du Panthéon

L’annonce officielle par le Président de la République en personne du transfert de la dépouille de Simone Veil au Panthéon n’a étonné personne. Elle était en quelque sorte inscrite dans le parcours de l’ancienne ministre de la Santé, au moins depuis qu’elle avait endossé la loi dépénalisant l’avortement. On ne reviendra pas ici sur ce que nous ne cessons de répéter depuis le décès de Madame Veil. Quoi qu’il en fût de sa pensée personnelle et des limites qu’elle voyait à l’avortement, elle restera celle qui pour l’Histoire a ouvert la porte à une logique mortifère.

Bien avant sa propre mort, Simone Veil fut considérée comme la référence morale du système politique dans lequel nous vivons. Candidat malheureux à l’élection présidentielle, considéré par la grande presse comme proche des milieux catholiques conservateurs, François Fillon, par exemple, déclarait pourtant, alors qu’il était Premier ministre et que Simone Veil était élu à l’Académie française :

« La Maison du Quai Conti a choisi d’accueillir sous sa coupole une femme d’exception, une combattante de la dignité humaine. Simone Veil a marqué l’Histoire en permettant aux Françaises de maîtriser leur destin, mais elle est, plus largement, au cœur de tous nos concitoyens, le symbole du courage politique, de l’exigence nationale et de l’ambition européenne. Ses qualités intellectuelles et la richesse de sa personnalité apporteront à l’Académie l’expérience d’une très grande Française. »

Le Panthéon était donc, sinon la destination naturelle, du moins logique, pour Simone Veil.

Pourquoi le Panthéon ?

Le penseur catholique Jean Madiran l’a écrit naguère dans un petit livre au titre révélateur : La République du Panthéon (DMM) :

« Le Panthéon résume (…) et symbolise parfaitement, l’histoire moderne de la France contrainte à l’apostasie. »

Il précisait plus loin :

« Le Panthéon, parfait symbole, nous avertit. Il n’a pas été construit à côté de la cathédrale, comme la Sorbonne ou le Louvre, ou comme le château de Versailles. Il a été établi à la place d’une église : une église annexée, désacralisée, colonisée par un culte hostile à la tradition religieuse constitutive de la France. »

Cette église portait un nom. Un nom cher au cœur des Français et des chrétiens : Sainte-Geneviève. Ce n’est donc pas par hasard ou par un clin d’œil de l’Histoire que cette église est justement installée sur la Montagne Sainte-Geneviève.

Histoire tourmentée d'une… église

Cette église était née d’un vœu, celui du roi Louis XV, pour obtenir la guérison d’une grave maladie. L’église devait remplacer celle de l’abbaye Sainte-Geneviève qui tombait en ruine. Peut-être pour son malheur, elle fut terminée en 1789, à temps pour que l’Assemblée nationale constituante s’en empare pour la transformer en un temple laïc, destiné d’abord à accueillir la dépouille de Mirabeau, puis des grands hommes que la patrie (révolutionnaire, cf. Jean de Viguerie) reconnaissante tenait à honorer. Désormais, plus de croix, plus de clocher. Plus de Dieu et plus de saints. Exilée sainte Geneviève !

On doit à Napoléon – concordat oblige ! – puis à Louis XVIII le retour de cette église à sa destination première : le culte catholique. Louis-Philippe, roi des Français, entreprend le chemin inverse : l’église Sainte-Geneviève redevient un panthéon. En 1851, Louis-Napoléon la rend au culte catholique et l’église Sainte-Geneviève devient même basilique nationale. La croix est remise. La mort de Victor Hugo lui vaut un sort fatal : on y réinstalle le culte laïc des grands hommes de la République, de cette religion nouvelle qu’est la démocratie moderne, de ce qu’on appelle en France, sur un ton sacré qui implique tout refus des hérétiques, les « valeurs de la République ».

Un symbole porteur de sens

En 1982, dans La République du Panthéon, Jean Madiran expliquait ainsi le symbole de cette histoire :

« Le Panthéon, c’est le culte de l’homme sans Dieu avec promesse de mort éternelle. »

Ce culte nous n’y participons pas. Ni de près, ni de loin. Nous croyons qu’il mène au malheur et à la mort. Et nous le vérifions, hélas, en constatant que désormais Simone Veil y repose. La République laïque n’est pas seulement celle du mensonge, elle est aussi celle de la mort, de la nation et de ses habitants. Elle est la responsable de la plus terrible catastrophe démographique de l’Histoire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Bernanos l’avait bien vu et annoncé. Dans sa Lettre aux Anglais, il voyait venir un danger qui consiste :

« à stériliser l'avenir, comme le font les hommes modernes, dont la civilisation paraîtra un jour ce qu'elle est : l'expulsion par le fer d'un fœtus encore non viable, une gigantesque entreprise d'avortement ».

La République française, la démocratie moderne, la civilisation moderne ont stérilisé l’avenir dans la plus tragique entreprise d’avortement, celle des enfants de France. Il n’y a que le vrai Dieu pour que nous puissions entrevoir encore un véritable avenir.

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