Un été avec les grands écrivains : Divo Barsotti

Rédigé par Didier Rance le dans Culture

Un été avec les grands écrivains : Divo Barsotti

Moins connu que son ami Giorgo La Pira, don Divo Barsotti, prêtre, fondateur d’un Institut séculier, est également un auteur spirituel fécond et profond. Sa connaissance de l’Écriture Sainte et de la Parole du Dieu aimant traverse et éclaire toute son œuvre.

Près de trente livres de Divo Barsotti ont été traduits en français à ce jour (il en a écrit pas loin d’une centaine). Cet auteur spirituel bien connu en Italie a ainsi attiré au fil des ans une petite cohorte de lecteurs francophones qui ont trouvé chez lui une nourriture spirituelle robuste et profonde. Il n’est pas trop tard pour rejoindre leurs rangs.

L’un prêtre, l’autre laïc…

Divo Barsotti, né dans le nord de l’Italie en 1914, a étudié à l’Université de Pise. Dans l’Italie fasciste, il découvre le Christ et décide de lui consacrer sa vie. Sa route croise celle de Giorgio La Pira, de dix ans son aîné, avec qui il noue une solide amitié fondée sur leur volonté commune de montrer qu’il est possible de servir le Christ sur la voie de la sainteté au cœur du monde. Resté laïc, Giorgio La Pira deviendra maire de Florence et jouera un rôle important dans l’Italie d’après-guerre et au-delà. Son voyage en Union Soviétique, sa rencontre avec Khrouchtchev et son témoignage public pour le Christ dans un pays en pleine campagne d’athéisation forcée font partie de la légende du siècle passé.

Son procès de béatification est déjà bien avancé et le cardinal Antonelli a déclaré qu’il avait été « un modèle lumineux de sainteté laïque ». Don Divo Barsotti, devenu prêtre, reste à ce jour moins connu, mais son engagement n’a pas été moins fécond, quoique plus caché. Il fonde à Florence un des premiers Instituts séculiers bien avant le Concile. La Communauté des Fils de Dieu regroupe des membres de tous états de vie et conditions sociales. Elle comprend plusieurs branches, pour des laïcs qui n’ont pas prononcé des vœux mais un engagement de vie, pour des couples qui suivent une règle inspirée de celles des moines, pour des laïcs consacrés vivant dans le monde. Une quatrième branche a été fondée, constituée de moines et moniales cloîtrés, adonnés à la prière et à l’approfondissement du témoignage des mystiques. Divo Barsotti est depuis près de 60 ans le responsable, l’animateur de ces communautés qu’il a fondées et intervient dans toute la péninsule, tout en vivant le plus souvent en ermite.

Son journal spirituel des années 1944-1946, La fuite immobile, montre qu’une vie mystique intense, toute tournée vers Dieu et son mystère, peut être le fondement d’un engagement apostolique fécond et d’audaces sociales. Divo Barsotti est aussi un auteur spirituel fécond, dont la prolixité ne le cède qu’à la profondeur, son œuvre étant toute enracinée dans sa vie de contemplation du mystère de Dieu et de sa Parole. Les ouvrages consacrés à la liturgie, Vie mystique et mystère liturgique et La Parole de Dieu et le mystère chrétien, ont été les premiers traduits en France, dès les années cinquante, dans la collection Lex Orandi des Éditions du Cerf.

À côté de ceux de Dom Casel, de Jungmann, de J. Daniélou ou de L. Bouyer, ces livres ont contribué à la redécouverte du lien originel, fondamental et indissociable entre l’Écriture Sainte et la liturgie dans tous ses aspects. Divo Barsotti est surtout connu pour ses commentaires bibliques. Ils sont un exemple convaincant de « lecture savoureuse » de l’Écriture selon les dispositions du concile Vatican II telles que les exprime le paragraphe 12 de la Constitution Dei Verbum, « la Sainte Écriture doit être lue et interprétée avec l’aide du même Esprit Saint par l’intervention duquel elle a été écrite ». L’exégèse spirituelle de Divo Barsotti est l’exposition dans un style généralement simple, chaleureux et profond de ce qu’éveille dans l’âme d’un lecteur contemplatif (d’une vaste culture tant humaine que religieuse, il est vrai), la méditation de la Parole de Dieu. Elle ne se veut qu’un auxiliaire pour ouvrir le lecteur à cette familiarité avec la Parole dont elle montre par l’exemple combien elle peut être fructueuse.

Des ouvrages de référence

Ces commentaires suffiraient à donner une place de choix à Divo Barsotti parmi les auteurs spirituels du XXe siècle. Mais son œuvre comprend bien d’autres titres. Si son introduction aux mystiques russes a plutôt vieilli, ses synthèses sur la Parole de Dieu (La Parole et l’Esprit), sur la charité dans la Bible (La Révélation de l’Amour) ou sur La Prière de Jésus sont de nourrissants ouvrages de référence. Divo Barsotti a aussi écrit sur les saints et les mystiques: La prière de saint François d’Assise (traduit en français), sainte Julienne de Norwich, saint Silouane l’Athonite…

Deux ouvrages méritent une mention spéciale. Prêtres du Christ, Sauveurs du Monde livre les Exercices de Carême qu’il prêcha à la demande de Paul VI devant la Curie au plus fort de la crise post-conciliaire du sacerdoce. Il y redit avec fermeté que Dieu a voulu sauver le monde par le ministère des prêtres. Ce fait objectif dépasse les capacités humaines de tous les prêtres, mais Dieu ne fait pas défaut à celui qui lui a répondu « oui », et il n’existe pas d’autre voie possible pour le prêtre que son abandon à la grâce divine. Que je voie ton visage reproduit une série de conférences données par Divo Barsotti aux membres des communautés de l’Institut qu’il a fondé. Dans un style familier et profond, il y chante la beauté et la richesse de la vie chrétienne, à la façon d’un poème rhapsodique. On sait que la communication des fruits de la vie mystique – c’est-à-dire tout simplement de la vie en Dieu et avec Lui – est la croix de tous ceux qui s’y essaient, mais qu’une grâce spécifique leur est souvent donnée, généralement à leur insu car ils se jugent incapable de témoigner de façon convaincante pour autrui de ce qu’ils ont reçu. Cette grâce passe à l’évidence dans ce livre, qui nous parle des réalités apparemment les plus banales, transfigurées par la certitude que Dieu nous aime et que l’aimer en tout peut seul remplir une vie d’homme.

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