Euthanasie : la réaction des évêques de France

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Euthanasie : la réaction des évêques de France
Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, Président de la CEF

Sous le titre « Fin de vie :pour un engagement de solidarité et de fraternité », le Conseil permanent des évêques de France vient de publier un communiqué réagissant aux propos du président de la République sur le projet de loi sur la fin de vie que le gouvernement entend mettre en place. Voici le texte intégral du communiqué : 

Un projet de loi sur la fin de vie pourrait être déposé devant le Parlement d’ici la fin de l’année. Des rapports et des avis rendus publics ces derniers mois ont demandé des améliorations de la loi Leonetti. Cependant, améliorer la législation, ce n’est pas la changer fondamentalement. Le sujet est trop grave pour ne pas agir avec prudence.

Contrairement à d’autres[1], l’avis rédigé par un « panel de citoyens »[2] propose de légaliser le « suicide médicalement assisté », sous condition d’une demande expresse d’une personne en fin de vie ou atteinte d’une maladie jugée irréversible. Aider un malade à mettre lui-même fin à ses jours ou provoquer délibérément la mort d’un patient à sa demande, ce qui est proprement appelé euthanasie, sont inacceptables. L’avis admet même la pratique de l’euthanasie sans consentement de la personne devenue incapable de s’exprimer !

Esquiver la mort !

Notre société cherche à « esquiver la mort »[3] et redoute la proximité avec celui qui va mourir. Elle pourrait être ainsi conduite à des décisions inhumaines. Il importe donc de clarifier le vocabulaire et les buts poursuivis. Personne ne peut provoquer délibérément la mort, fût-ce à la demande d’une personne gravement malade, sans transgresser un interdit fondamental. « Tu ne tueras pas »[4] demeure une exigence morale majeure de toute société, et, pour les croyants, un commandement de Dieu. C’est le fondement de toute vie sociale respectueuse d’autrui, spécialement des plus vulnérables5]. Nombre de nos contemporains, en raison d’une maladie, d’un handicap ou de leur âge, se sentent devenus une charge pour leurs proches et un poids pour la société. Ils souffrent de leur solitude, de l’indifférence d’autrui, du regard porté sur eux dans une société axée sur les valeurs d’autonomie et d’efficacité. Ceux qui en viennent à douter de la valeur et du sens de leur vie ont besoin « d’accompagnement, de solidarité et de soutien dans l’épreuve »[6]. N’aurons-nous rien d’autre à leur proposer que de mettre fin à leur existence ?

Une ultime liberté ?

Le suicide est souvent présenté de nos jours comme « une ultime liberté ». Mais en même temps, on s’alarme, à juste titre, des taux élevés de suicides particulièrement chez les jeunes et les personnes âgées. Comment réagir contre la banalisation du suicide et en faire en même temps la promotion ? Comment pourrions-nous juger nécessaire d’aider certaines personnes à affronter un épisode de détresse pour éviter l’irréparable, et, par ailleurs, encourager et assister d’autres personnes dans leur volonté de mourir ? Qui deviendrait le juge des vies qui ne valent plus d’être vécues ? Il serait discriminatoire d’estimer aussi différemment la valeur de la vie des uns et des autres.

Développer les soins pallatifs

Tout suicide affecte la solidarité et la volonté de vivre du corps social. Il est donc nécessaire et urgent de poursuivre un véritable engagement de solidarité et de fraternité. Beaucoup se sont investis pour soulager les douleurs et les souffrances de la fin de vie mais « la tâche à accomplir est encore immense »7]. Les campagnes médiatiques de promotion d’une nouvelle loi contribuent malheureusement à détourner l’attention des indispensables réformes à entreprendre, parmi lesquelles l’accès à « des soins palliatifs et à un accompagnement » à « toute personne malade dont l’état le requiert »[8].

Notre conviction profonde est qu’un changement législatif ne peut avoir pour objectif que de rendre plus manifeste le respect dû à toute personne en fin de vie. Cela passe par le refus de l’acharnement thérapeutique, le refus de l’acte de tuer ; ainsi que par le développement des soins palliatifs et le renforcement des solidarités familiales et sociales.

 

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France

Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, Président

Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, Vice-président

Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, Vice-président

Cardinal André VINGT-TROIS, Archevêque de Paris

Mgr Jean-Claude BOULANGER, Évêque de Bayeux et Lisieux

Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez et Vabres

Mgr Jean-Paul JAMES, Évêque de Nantes

Mgr Hubert HERBRETEAU, Évêque d’Agen

Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise

Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d’Autun, Chalon et Mâcon

 

 

[1] Notamment, Comité consultatif national d’éthique, Avis n° 121, Fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir, 30 juin 2013.

[2] Conférence de citoyens sur la fin de vie, Avis citoyen, 14 décembre 2013. 18 personnes réunies par l’IFOP.

[3] Cf. Commission de réflexion sur la fin de vie en France, Penser solidairement la fin de vie, Rapport à François Hollande, Président de la République française, décembre 2012, Partie I, § I.1 : L’esquive de la mort.

[4] Livre de l’Exode – Chapitre 20, 13.

[5] Cf. Louis-Marie Billé, Président de la Conférence des évêques de France, « Un compromis impossible », Communiqué de presse, 4 mars 2000.

[6] Jean-Paul II, Evangelium Vitae, 25 mars 1995, § 67.

[7] Cf. Comité consultatif national d’éthique, Avis n° 121, Fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir, 30 juin 2013, 3° Partie, III.2.

[8] Code de la santé publique, art. L1110-9.

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1 commentaire

Par Marc Bergerot , le

L' authentique grand résistant et bienheureux Pape Jean-Paul II dans son livre testament , "Mémoire et identité" doutait de la capacité des ressortissants de l'Europe de l'Ouest, et en particulier de la France à résister à la dérive totalitaire orientée contre la La Loi naturelle que nous ne connaissons que trop.
En voilà une pleine et peu glorieuse illustration puisque nul ne peut ignorer , et encore moins nos évêques qui ont , sur ce plan un devoir particulier de vigilance, que la Loi Léonetti de 2005 fut le coin savamment introduit dans la porte du couloir de la mort qui nous amène aujourd'hui à la revendication conjointe de Messieurs Sicard et Léonetti , au "suicide assisté".Le nouveau tour de bonneteau sémantique consistant désormais à appeler cela" l'assistance à finir sa vie dans la dignité" selon , langue de bois oblige, "sa libre volonté" .
Grâce à de telles stupides voire malsaines déclarations, la loi Léonetti , qui loin de faire l'unanimité auprès des praticiens, se voit revêtue de l'onction ecclésiale ( de l'église dite de France du moins ) pour la seconde foi ( la première incombe à Monseigneur D'ornellas qui s'empressa de qualifier la loi "d'équilibrée" alors même que son auteur argue aujourd'hui pour faire avancer la suite, qu'elle en l'est pas !)
Notre société "pourrait être ainsi conduite à des décisions inhumaines" , dites -vous . Tiens donc, mais ne l'est-elle pas déjà inhumaine cette société, de l'avortement , en passant par le DPI, jusqu'à la vivisection des embryons, sans parler de la violence ordinaire qui consiste à faire de l'homme au travail une variable d'ajustement ? dans quel monde idylique vivez -vous Messeigneurs ?
Nul ne peut ignorer et surtout pas vous , Messeigneurs , que la Loi Léonetti , par un funeste tour de passe-passe sémantique qui consistait à assimiler la nutrition, l'alimentation et l'hydratation à des "traitements"- alors qu'il s'agit de fonctions naturelles- permet aujourd'hui selon les chiffres officiels environ 6000 euthanasies ainsi masquées en France.
Nous voyons ainsi se dérouler hélas pour l'euthanasie, le même processus par étapes scandaleusemnt trompeur que pour l'avortement : fausse compassion, sémantique pervertie, "prudence " détournée en compromission, si ce n'est complicité etc , etc..
Les mêmes mensonges produisant les mêmes effets , il est à vue humaine acquis que ces propositions sataniques dont ceux qui devraient dire le nom avant tout autre, le taisent , passeront comme des lettres à la postes devant ce qui tient lieu de représentation nationale .
Celle -ci n'aurait-elle pas prouvé qu'elle n'est plus à une transgression près de la Loi naturelle ?
Elle a même l'audace de nous dire à présent qu'elle veut relancer l'offre et la demande économique en commençant par vider les berceaux !
Je n'aimerais pas être à votre place, vous évêques "prudents" lorsque vous passerez au tourniquet devant Saint-Pierre pour expliquer ce qui se cache sous ce doux concept de "prudence".Je vous plains par avance et j'implore le Ciel pour votre conversion.